M. Berthelot. La scitnee idéaieet la science potilive
la conception idéale; dans ce monde des réalités nécessaires, pressenties, affirmées par nous, bien que leur essence reste inaccessible à nos expériences et voilée à nos yeux; jusqu'à Dieu enûn, la première de ces réalités, la Cause primordiale par excellence. Nous pourrions demander si concevoir même idéalement ces réalités cachées, ces causes premières, ce n’est pas en quelque manière les connaître; s’il n’y a pour l'esprit qu’un mode de la connaissance, le mode expérimental , si les intuitions rationnelles, que l’on confond à tort avec la déduction logique, n’ont pas leur certitude, égale à toutes les autres. C’est qu’en effet toute la question est là, et trancher cette question par d’impérieuses négations, ce n’est pas la résoudre.
Le premier trait de l’empirisme est donc la condamnation absolue de toute recherche concernant les principes. Avec les causes primordiales, on bannit les causes finales, qui sont, paraît-il, au milieu des progrès de la science contemporaine, comme un débris de la superstition. L’esprit positif nous tient en garde aussi bien contre le prestige de la finalité que contre la séduction mystique des réalités invisibles. Les deux questions se tiennent par un lien indissoluble. Reconnaître dans la nature les traces d’un plan et d'un dessein suivi, c’est déjà affirmer l’existence d’une pensée organisatrice. La croyance aux causes finales suppose une certaine solution du problème des premiers principes. Cette question étant de
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celles que la science positive écarte, l'idée même de la finalité doit disparaître avec elle.
Qu’est-ce donc, au juste, que cette idée de la finalité que l’on élimine de l’étude de la nature, et que veut-on y substituer ' ?
La doctrine des causes finales n’a rien d’aussi ridicule que se l’imaginent d impitoyables adversaires. Quand ils la condamnent, il semble toujours qu'ils aient en vue les Harmonies de la Nature ou les Lettres à Sophie. Grâce à Dieu, nous n’en sommes plus là et les spiritualistes les plus déterminés sourient des exagérations de Bernardin de Saint-Pierre et des naïvetés de M. Aimé Martin. Nous pensons, nous aussi, que c’est rapetisser les vues de la Providence que de s’imaginer que « l’Éternel prévoyant que l’homme ne pourrait pas habiter la zone torride, y éleva les plus hautes montagnes pour en faire un climat agréable, » ou encore « qu’il ne pleut pas dans les lieux sablonneux et arides, parce que la pluie y serait perdue. » Ces imaginations ne diffèrent pas sensiblement de celles du bon M. Le Prieur qui, dans le Spectacle de la Nature, prétendait que les marées sont données à l’Océan pour que les vaisseaux entrent plus aisément dans les ports, et pour empêcher que l’eau de la mer ne se corrompe.
Vouloir expliquer le pourquoi de chaque chose,
I. Notre intention n'est pas de traiter ici l’importante question de la finalité dans la nature, mais seulement de signaler l’importance que cette question a prise de nos jours, d’en marquer la
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la lin de telle ou telle espèce, la destination de telle ou telle configuration des continents, les mouvements des corps célestes, et tout cela par le rapport de chaque chose à l’utilité particulière, souvent même accidentelle, de l’homine, pris pour centre et pour but de la création, c’est une tentative qui ne peut aboutir qu’à la peinture la plus mesquine, et même à la caricature de la Providence. Mais est-ce là l’idée scientifique que nous devons nous faire des causes finales ?
Non certes, et le même M. Biot qui, dans des pages célèbres, avait fait la critique impitoyable des Harmonies de M. de Saint-Pierre, ne craignait pas de reconnaître la finalité dans la nature, sans prétendre à expliquer le pourquoi et le comment de chaque chose : « Tous les êtres organisés, disait-il, ont en eux leurs moyens propres de vie, aussi nombreux, aussi multipliés dans les variations de leur mécanisme, que les étoiles du ciel. Et encore n’en apercevons-nous que ce qui paraît au dehors; le plus merveilleux nous est caché. Quand notre entendement peut tout au plus arriver jusqu’à reconnaître les dispositions extérieures de l’organisme, et à saisir les relations intentionnelles qu’ont entre elles quelques-unes des pièces qui le composent, il y aurait, ce me semble, une contradiction logique à ne pas voir, au fond de cet ensemble, le principe
place dans ta grande controverse qui nous divise et surtout d'expliquer k cette occasion les origines et les alliances de la philosophie qui s’oppose au spiritualisme.
LES OBIGINES DE LA PHILOSOPHIE NOUVELLE. 33 intelligent ayant tout ordonné et réglé'. » Newton, après avoir expliqué les lois des mouvements de la lumière se demandait si l’œil a pu être fait sans aucune connaissance de l’optique, et l’oreille sans aucune connaissance des lois du son.
Voilà ce que d’excellents esprits croient pouvoir garder des causes finales sans compromettre la sévérité de la sciencæ dans les aventures de l’imagination. Saisir les relations intentionnelles entre les diverses pièces de l’organisme, constater les harmonies des fonctions entre elles, observer l’adaptation exacte des moyens aux fins, cela ne peut être interdit. Et dès lors, comment pourrions-nous refuser l’accès de notre raison à la notion d’un plan et d un dessein suivis dans la nature? L’idée de plan ne nous conduit-elle pas à l’idée d’une intelligence Pt n’im])lique-t-elle pas que la vue du but a été présente à une pensée organisatrice? Ne peut-on affirmer cela, même à travers la complexité infinie des rapports qui constituent l’ordre et dont un grand nombre nous échappe, même sans connaître la destination totale et dernière des choses et de chaque chose?
Que les causes finales demandent à n’êtreemployées f[u’avec beaucoup de précaution et de réserve dans l’étude des faits, que ce soit une méthode périlleuse pour l’observation, j’y consens ; mais qu’on nous interdise de recueillir, dans les relations des faits déterminés par l’observation , ces traces de finalité