‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 64 sur 89 · T. Il, p. 612. - 2. T. Il, p. 52'i · texte numérisé non relu

T. Il, p. 612. - 2. T. Il, p. 52'i

l’équation de Dieu. L’idée de l’absolu, c’est l’absolu lui-même. Penser à Dieu, c’est littéralement le créer.

Quand même l’ouvrage de M. Vacherot n’aurait pas rendu d’autres services à la raison que de l’amener par la critique à des conclusions si nettes, • quand il ne contiendrait pas tant do parties remarquables soit par la profondeur de l’analyse appliquée aux systèmes, soit par le bel emploi de la faculté métaphysique s’étudiant elle-même ou construisant la philosophie des sciences, ce serait déjà un grand bienfait que de débarrasser la philosophie des situations équivoques, d’adresser aux indécis et aux raffinés, sur la question de Dieu, une mise en demeure. Amener la critique à un tel degré de précision, c’est un grand progrès accompli dans la science. Un esprit vigoureux et sincère ne travaille jamais inutilement. Même quand il développe l’erreur, il sert encore la cause de la vérité. Le péril de la philosophie n’est pas dans les affirmations claires et raisonnées. Elle n’a vraiment à craindre que les idiVs systématiquement vagues, celles qui décomposent les convictions dans les âmes, tout en échappant, par leur inconsistance même, aux prises de la réfutation.

Nous avons exposé les principaux résultats de la critique contemporaine, en France, sur l’idée de

Dieu. Sommes-nous donc réduits à choisir entre ces deux solutions du problème théologique : ou le Dieu concret, la Nature; ou le Dieu abstrait, une pure idée?C’est une dure nécessité que de nous ranger soit à l'Idéalisme de 31. Vacherot, soit au Naturalisme des positivistes. Toute autre issue est-elle fermée à la raison ?

Résumons les impressions que nous ont laissées, au terme de cette longue controverse, les formes diverses de cette critique du Dieu des spiritualistes, et disons nettement pourquoi notre esprit ne peut se satisfaire ni dans les solutions proposées, ni dans l’absence de toute solution.

Le Naturalisme réduit l’idée de Dieu à une chimère. Cette idée, nous dit quelque part 31. Taine dans son vif langage, n’est que « le dernier résidu au fond du creuset où la religion s’est éteinte, et qui sert à boucher un trou dans les systèmes; » la Nature est un ensemble de forces liées entre elles, subordonnées les unes aux autres et produisant par leurs combinaisons nécessaires Tuniversalité des phénomènes et des individus. L’ordre qui règne dans l’univers est le résultat et la manifestation d’une nécessité d’équilibre inhérente aux choses. Voilà une solution qui paraît assez claire au premier abord. 3Iais la simplicité, la clarté apparente de cette explication est-ce celle qui résulte de l’évidence des choses, ou celle qu’on obtient par une vue arbitraire de l’esprit excluant ce qui le gêne, supprimant tous les obstacles à l’explication imposée’/

Pouvons-nous comprendre ce que c’est que cette nécessite? Qiresl-elle en soi? Elle agit, nous dit-on, selon un instinct aveugle. Mais l’instinct que l’on invoque n’est qu’une métaphore. Au fond, il se réduit à la nécessité. Comment cette nécessité sans pensée produit l’ordre intelligible, comment d’une cause mécanique peut naître un phénomène comme la pensé-e, peut sortir l’ordre entier des notions métiiphysiques, esthétiques et morales, voilà où l’inintelligible commence. Prétendra-t-oii qu’une pareille idée soit plus claire que celle d’une Cause intelligente, présidant à la formation et au développement des êtres, et d’un Monde exprimant par ses lois la raison suprême imposée aux choses par la suprême activité? De bonne foi, je ne puis le penser.

Iæ système de i\l. Vacherot est un grand effort pour sauver ce que l’on peut de l’Idéal tliéologicpie, dans la ruine complète de la réiilité divine. Contrairement à la doctrine des Cartésiens qui garantissent la réalité de Dieu sur la foi de l’idée que nous avons du Parfait, cette doctrine nouvelle adopte les conclusions de la Critique de la raison pure, refuse de suivre Kant dans l'évolution qu’il opère et réduit l’existence du souverain Etre à l’existence abstraite et idéale de la notion. L’Idéal, voilà Dieu. Nous le concevons nécessairement, voilà toute la nécessité de son être, sa réalité objective. — Mais, en vérité, cette notion, purement abstraite, suflit-clle à expliquer l’élan religieux des âmes, satisfait-elle les grands instincts de la

LE DIEU DE l’idéalisme. 3'il

conscience liuinainc qui cherche un Dieu? Explique-t-elle rien du monde, de la nature, de l’esprit humain? L’esprit! mais c’est lui qui crée ce Dieu en concevant l’Idée. Comment pourrait-il l’adorer? La nature et le monde! Ils sont antérieurs à ce Dieu qui ne. commence réellement qu’au moment le plus élevé de la pensée réfléchie. Cet Idéal n’est pas cause. Qu'est-ce donc? Pur objet de la pensée, il a Juste le degré d’existence et la réalité d’une figure géométrique, triangle ou cercle idéal. Il ne peut rien produire, puisqu’il ne pense même pas. Son rôle est d’être pensé. De partisans et d’adorateurs de ce Dieu , il ne peut y en avoir qu’autant qu’il y a de métaphysiciens cajiables de cette élaboration de l’Idéal. Ce sont les géomètres du divin. Qu’est-ce donc au Juste qu’une notion religieuse qui n’explique ni le monde ni la nature , ni l’esprit; qui déplus, par sa nature d’abstraction raffinée, reste fatalement étrangère à l’humanité?

Entre les négations du Positivisme et l’élaboration cliimérique où s’épuise l’effort de l’Idéalisme, viennent se placer les vagues aspirations de ces penseurs que nous connaissons, et qui ne peuvent se résoudre à cet acte de'virilité intellectuelle, aflirmer ou nier. On prétend que c’est une égale contradiction de dire que Dieu est personnel ou qu’il ne l’est pas. Mais cet état d’indécision est un milieu impossible à tenir. \ji Naturalisme est logique, quand, parlant de certains principes, il soutient que rien n’existe en dehors des phénomènes et des forces

iminédiiiles qui les régissent. L'Idéalisme est logique, quand, en vertu de certains axiomes, il déclare qu’aucun être, aucune cause ne pouvant être conçus eu dehors de la série des êtres et des causes qui constituent le monde, ce qu’on appelle Dieu n’est que le concept nécessaire du Parfait. Mais l’école critique manque de courage ou de force d’esprit en refusant de conclure. Sa situation n’est que provisoire. Ou bien il faut renoncer à l’inutile poursuite de cet Être métaphysique et le reléguer définitivement parmi les chimères tristes, comme le fait hardiment le Naturalisme, parmi les catégories de l’entendement humain, comme le font les vrais disciples de Kant ; — ou bien il faut reconnaître la Cause première, la Pensée, le NoOç distinct du Monde. 11 faut sortir de la mélancolie par un dernier effort de négation courageuse ou d’affirmation. La critique qui ne conclut pas me semble être, dans l’ordre de la spéculation, ce qu’est dans la vie l’indécision chronique du caractère, une infirmité.

Or, je ne vois pas ce qui est possible, en dehors de ces trois situations d’esprit, que nous avons analysées, sinon l’affirmation pure et simple de Dieu.

LES DOCTRINES RÉCENTES SUR LA VIE FUTURE LES PANTHÉISTES ET LES SCEITIQUES

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