La ilétaphysique et latcience, t. II, p
LES DOCTRINES RÉCENTES SUR LA VIE FUTURE. 375 de l’univers. Dans toutes ces conceptions, le beau, le parfait, l'immuable, l’éternel, le divin, l'être, en un mot, plane au-dessus de nos têtes. Le monde terrestre, sublunaire, comme dit Aristote, est le monde du désordre, du mal , du changement, de la mort, de l’apparence. C’est là l’idée générale et flxe, le fond commun sur lequel chaque religion brode le roman de sa propre imagination. . . . C’est la science moderne qui a détruit cet échafaudage en montrant que cette distinction populaire d’un monde inférieur et d’un monde supérieur n’est qu’une illusion de l'imagination. 11 n’y a ni haut ni bas, ni ciel ni terre, dans le système des mondes. Tout y est ciel ou y est terre, selon qu’on embrasse l’ensemble ou que
l’on ne considère qu’un individu du système
Mais si la science a fait perdre au ciel son prestige théologique, elle lui a conquis son véritable nom, l'infini. Grâce à l’astronomie, rimagination comprend maintenant que le ciel de la nature est partout, lit quant à cet autre ciel dont l’ancienne théologie faisait le monde intelligible, le monde de la beauté, de la perfection, de la vie éternelle et divine, c’est encore la science positive, la science expérimentale de la nature et de l’hoinine qui a fait comprendre qu’il n’est pas où l'imagination des anciens s’obstinait à le rechercher : le ciel véritable est dans l’esprit, la pensée, la conscience humaine, miroir sublime où la vie universelle se transflgure en se réfléchissant. Et cœlum et virtus, a dit le poète. S’il était vrai , comme l’affirme témérairement
Hegel, que l'humanité, reine de notre planète, fût le type le plus parfait de l’être, cette terre que nous foulons serait, en ce sens, le véritable ciel de l’univers. »
Eh quoi I est-ce là tout ! Nous n’avons pas d’autre ciel à espérer que le ciel trop connu, hélas ! de notre pensée, comme nous n’avons pas d’autre Dieu à adorer que l’idéal abstrait de notre raison? Belles et saintes espérances qui vous nourrissez de prières et de larmes, rêves ardents des vertus souffrantes, aspirations des grands esprits humiliés, élans sacrés vers la vie future des pauvres et des déshérités, promesses sublimes du devoir méconnu, de l’héroïsme trahi par d’iniques circonstances, du sacrifice incompris, espérances, élans, rêves, prières, taisezvous ! Vousn’êtes que le poétique délire qui charma l’enfance de l’humanité !
« Plus rien que l’Éternelle Substance ! » Cri terrible, si c’est là le cri de la mort. — Mais non! c’est le panthéiste qui meurt ainsi sous la loi de cette fière doctrine qui fait sa tristesse et sa grandeur. Cette doctrine ne sera jamais qu’à l’usage de quelques intelligences spéculatives ou de quelques âmes hautaines. Elle n’atteindra jamais le cœur de l’humanité, elle ne lui ravira pas sa plus chère espérance. L’humaniU" affirmera toujours, au delà des
LES DOCTRINES RÉCENTES SUR LA VIE FUTURE. 377 rapides et obscures journées qu’elle traverse sur cette terre, le soleil idéal qui doit éclairer pour elle une existence sans fin.
Mais cette vie future, pourtant, que l'hunianité attend et réclame, peut-on la concevoir sans tomber dans de choquantes contradictions? Est-elle conciliable avec les lois naturelles! Les dernières conclusions de la science ne semblent -elles pas être contraires à ce dogme et décisives en faveur de la solidarité absolue de ce qu’on ajipelle l’âme et le corps? En partageant cette Ixdle espérance de l’humanité, ne va,-t-on pas retomber sous le joug impérieux de l’imagination et dans l’illusion décevante des platoniciens qui se figurent l’âme dans le corps à peu près comme le pilote dans le navire, ou comme le prisonnier dans son cachot? Quand le navire est au port, le pilote l’abandonne; quand les murs du cachot tombent, le prisonnier affranchi salue le ciel ; (juand le corps est détruit, l’âme est rendue à la liberté de sa nature. N’est-ce pas là pure imagination de poëte, et la science peut-elle s’en contenter? — .\lors commence en beaucoup d’esprits la crise du doute qui prend, selon leur nature diverse, les formes les plus variées. Les uns, fatigués de quelques instants de méditation sur un problème de métaphysique, et oubliant que sur ce point de métaphysique se jouent les plus sérieux intérêts de leur destinée, sollicités d’ailleurs par l’éclat des choses sensibles, étourdis par le bruit de la vie, ont bientôt fait de n’y plus penser et se résignent à l’indifTérence d’un scep-
ticisine commode et vulgaire. Les autres portent au fond de leur âme le redoutable problème, et s’ils ne le rt-solvent pas, ils souffrent du moins de ne le pas résoudre. Ce sont là deux états de l’esprit que Pascal a profondément distingués et qu’il a peints en quelques traits admirables :
L’inunorlalité de l’âme est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profondément, qu’il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l’indifTêrence de savoir ce qui en est. Toutes nos actions et nos pensées doivent prendre des routes si dilTérentes, selon qu’il ; aura des biens étemels à espérer ou non, qu’il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement qu’en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet.... Et c’est pourquoi, entre ceux qui n’en sont pas persuadés, je fais une extrême différence de ceux qui travaillent de toutes leurs forces à s’en instruire à ceux qui vivent sans s’en mettre en peine et sans y penser. Je ne puis avoir que de la compassion pour ceux qui gémissent sincèrement dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs, et qui, n'épargnant rien pour en sortir, font de cotte recherche leurs principales et leurs plus sérieuses occupations. Mais, pour ceux qui passent leur vio sans penser â cette dernière fin de la vie, je les considère d’une manière toute différente. Cette négligence, en une affaire où il s’agit d’eux-raêraes, de leur éternité, de leur tout, m’irrite plus qu’elle ne m’attendrit; elle m’étonne et m’épouvante; c’est un monstre pour moi
Puis, s’adressant à ceux qui ne voient pas que c’est un devoir indispensable de chercher, quand