E>$ai$ de morale et de critique, p
LES DOCTRINES RÉCENTES SUR LA VIE FUTURE. 383 de différents degrés, et il est chimérique de croire qu’il existe un type uniforme et substantiel de l’âme humaine propre à recevoir la même loi, la même destinée. Une des illusions de la psychologie que M. Renan combat avec le plus de vivacité, c’est l’hypothèse d’une humanité parfaitement homogène. L’humanité, dit-il, n’est pas un corps simple et ne peut être traitée comme telle. L’hitmme doué des dix ou douze facultés que distingue le psychologue est une fiction; dans la réalité, on est j)lus ou moins homme, plus ou moins fils de Dieu. Spinoza et Hegel ont posé depuis longtemps les bases de cette doctrine aristocratique. M. Renan ajoute : « Je ne vois pas de raisons pour qu’un Papou soit immortel. » Ni moi, si le ciel intelligible se compose de lettrés et de savants. Pourquoi non, s’il y a quelque place pour les consciences honnêtes et droites? Quand il arrive à M. Renan d’imaginer le ciel, j’ai peur qu’il n’en fasse la succursale de l’Institut*.
D’autres fois, il est vrai, M. Renan semble nous promettre autre chose qui a plus d’analogie avec
1. C’est en un sens panthéistiqueqn’il faut comprendre toutes ces vagues formules. C'est dans le même sens qu’il faut traduire les phrases qui suivent et beaucoup d’autres semblables ; < L’ême, la personne, doivent être conçues comme choses distinctes de la conscience.... La conscience a un lien litroit avec l’espace; l’âme n’est nulle part.... Elle est où elle agit, où elle aime. Dieu étant l’idéal, objet de tout amour. Dieu est donc essentiellement le lieu des âmes.... C’est en Dieu que l’homme est immortel. Les catégories du temps et de l’espace étant effacées dans l’absolu, ce qui existe par l’absolu est aussi bien ce qui a été que ce qui sera. En Dieu vivent de ta sorte toutes les âmes qui ont vécu. » (Ave-
nos es])érances. Voici une belle page et bien près de la vérité : « Je suis plus convaincu que jamais que la vie morale a un but supérieur et qu elle correspond à un objet. Si la fln de la vie n’était que le bonheur, il n'y aurait aucun motif pour distinguer la destinée de l’homme de celle des êtres inférieurs. Mais il n’en est point ainsi : la morale n’est pas synonyme de l’nrt d'être heureux. Or, dès que le sacrifice devient un devoir et un besoin pour I bomme, je ne vois plus de limite à l’horizon qui s’ouvre devant moi. Comme les parfums des îles de la mer Erythrée, qui voguaient sur la surface des mers, et allaient aiidevant des vaisseaux, cet instinct divin m’est un augure d’une terre inconnue et un messager de l’infini *.»
Ces inspirations ne durent pas. L’éclair a brillé, la nuit se refait plus épaisse et plus lourde. L’Ltude sur le poème de Job nous déclare expressément que le problème poursuivi par l’auteur Stnnite est inaccessible à la raison : « Cette question est précisément celle que tout penseur agite, sans pouvoir la «‘soudre : ses embarras, ses inquiétudes, cette façon de retourner dans tous les sens le nœud fatal sans en trouver l’issue , renferment bien plus de philosophie que la scolastique tranchante qui
m'r det sciences naturelles.) Tout, cela se réduit à l’idée spinoziste et hégélienne de l'immortalité : penser l’absolu ou réaliser le divin par la justice, c’est prendre sa part des choses éternelles, s’associer à l’Éternel parle bien accompli ou par la vérité exprimée sous des formes durables.