‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 79 sur 89 · Terre et ci'eJ, p. 306 etpowiwi · texte numérisé non relu

Terre et ci'eJ, p. 306 etpowiwi

LES DOCTRINES RÉCENTES SUR LA VIE FUTURE. 407 souvenirs sous laquelle il sent palpiter seerèteinent des mystères infinis de ciel et de lumière. Hélas! je crains bien que ce ne soit là une consolation chimérique. Quant à moi, plus profondément j’interroge ma conscience, plus je la trouve muette sur les origines et je m'assure qu'il y a là plus que la uuit. Au moins dans la nuit le regard saisit quelques vagues apparences ; dans le souvenir éteint , j’entrevois quelques foiiues obscures du passé. Ici, rien de pareil: silence absolu; il y a plus que la nuit, le néant.

A peine est-il besoin de montrer les difficultés qui naissent en foule de cette hypothèse. M. Reynaud l’invoque , parce qu’il y trouve la clef des inégalités de la fortune et des souffrances d’ici-bas. Pervers et misérables, parce que nous avons fait le mal ailleurs, nous naissons sur cette terre avec le lourd fardeau de nos vices , nous y apportons des innéilés funestes, nous y expions par la douleur des existences criminelles. Ainsi nos inclinations mauvaises sont un legs de la vie antérieure , comme notre souffrance en est le châtiment. — Nous sommes pervers, dit-on, parce que noua l’avons été ailleurs. Mais, je vous prie, pourquoi l’étions-nous dans cette vie antérieure ? Et si vous me répondez que cette vie antérieure était elle-même un purgatoire où s'expiait une autre existence , ne serai-je pas en droit d’insister et de vous demander si une difficulté reculée à l’infini est une difficulté résolue? Ce mal dont je traîne la douloureuse hérédité à

travers tant d’existences traversées et de purgatoires inutilement subis, quelle fatalité m’en a inoculé le germe à l’origine ? car enfin je suppose qu’il y a eu une origine. S’il n’y en a pas eu, si c’est l’éternité qui est derrière moi, je demande quelle fatalité mille fois encore plus barbare a imposé cette éternité du crime aux uns en accordant à d’autres l’heure ..se éternité d’une vertu facile? — Nous souffi'ons, dit-on encore, parce que celte terre est un purg.atoire. Soit. Mais voyez la terrible conséquence! Ceux qui souffrent le plus vont devenir ii nos yeux les plus criminels. La pitié, nous en aurons encore, je le veux bien, mais quelle pitié! Ne s’y mêlerat-il pas, même involontairement, ou un secret mépris pour les crimes inconnus qui ont dû mériter de si terribles peines, ou une secrète satisfaction de voir l’ordre providentiel, troublé par la faute, se rétablir par le cbâliment? Est-ce là cette humaine et profonde synqiatbie, cette tendresse, eette estime qu’éveille en nous la vue de la souffrance, et qui est d’autant plus vive que nous jugeons cette souffrance imméritée '? La souffrance, nous dit M. Jean Reynaud, est un châtiment. Cela ne peut être, puisque j’ai perdu tout souvenir de l’existence qui a mérité ce châtiment. La peine n’est juste qu’à la condition que je la sente juste, et je ne puis en reconnaître l’équité si j’ignore à quelle faute elle est

1. Th. H. Martin, la Vie future euivanl la foi et la raison, chap. vu.

LES DOCTRINES RÉCENTES SUR LA VIE FDTÜRE. 409 attacliée. Une faute dont la trace est abolie est pour moi comme si elle n’existait pas, et l’on veut que je l'expie ! Où est la moralité de cette justice étrange? De plus, la peine n’est utile qu’à la condition qu elle puisse provoquer en moi le retour salutaire de la santé morale par le repentir qui accepte la peine et l'applique virilement au mal comme un remède à la plaie. Comment puis-je me lepentir du mal que je ne connais pas? Peine inutilement barbare, châtiment immoral, puisqu’elle est sans sou- \enir de la faute, voilà sous quels traits la souffrance s’offre à moi. On a voulu la justifier, on lui a ôté son j)lns saint caractère, le caractère de l’épreuve ; sa plus douce consolation, l’estime des hommes.

La transmigration indéfinie des âmes ne soulè\e pas de moindres difficultés que la piéexistence. Lst-il donc vrai que notre ame va là-haut recommencer la même vie, mais moins grossière, rêver les mêmes lèves, mais plus enivrants, traverser sans fin de nouvelles épreuves, mais dans des conditions de plus en plus épurées et délicates? Eh quoi! toujours la même vie, les mêmes illusions, les mêmes plaisirs, les mêmes rêves, les mêmes épreuves? Pourquoi d’ailleurs vous mettez-vous en frais d’une autre vie, puisque la vie actuelle est déjà une expiation ou une lécompense ? Si je crois à la vie future, c’est que je suis le créancier ou le débiteur de la justice de Dieu ; mais si Dieu ne me doit plus rien et que j’aie acquitté ma dette envers

lui, pourquoi d'autres occasions de succomber encore ? Pourquoi d’autres existences et d’autres purgatoires? C’est là un luxe bien pauvre, le luxe des répétitions, et qui ne fait guère honneur au génie inventif de Dieu. — On dit : la vie est si rapide ; l’épreuve est insuffisante. Une épreuve si courte ne saurait être décisive, elle ne peut suffire à la justice de Dieu. Mais qu’appelle-t-on la brièveté de l’épreuve ? répond la philosophie spiritualiste. A quoi la coinpare-t-on ? Si c’est à l’éternité, une pareille comparaison n’a pas de sens. On peut rendre la vie mortelle cent fois plus longue sans changer son rapport avec la vie éternelle '. Ce qui mesure l’épreuve ce n’est pas le temps, c’est la liberté. Un seul acte complètement libre suffit pour que l’épreuve soit décisive. Cent actes libres n'augmenteraient ni la valeur, ni le poids de l’épreuve. Us n’ajouteraient rien à l’évidence de la justice, ni à la moralité de la sanction.

Ce qu’il y a de plus grave dans cette doctrine, c’est qu’elle anéantit irrémédiablement la personnalité. Chacune de ces existences futures est aliénée de mon existence présente. Mais si je ne dois pas relier mon avenir au présent par la mémoire, je deviendrai un autre être , et cet avenir sans fin que vous me promettez ne sera qu’une superposition indéfinie d’existences sans lien entre elles. Vous ne me retirez du néant que pour m’y replonger

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