‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 84 sur 89 · C.UAP1TRE VII · texte numérisé non relu

C.UAP1TRE VII

sisit! pas dans 1 identité coniplétu et persistante des éléments de la matière. Quel est quelque chose qui persiste dans le chêne depuis sa germination à tra- \ers toutes les périodes de sa végétation, dans l’insecte à travers tous ses développements et toutes ses métamorphoses, dans le corps humain à travées toutes les phases de son existence, constituant à la lois la nature spt'ciflcjue et l’individualité des corps vivants? Ce quelque chose est réel; car la nature spéciti(jue et l’identite individuelle persistent hien rt'-ellement dans ces corps. Mais ce quelque chose, qui u'est pas la matière changeante du corps, est indélinissahie pour nous; il échappe à toutes nos investigations; nous ne voyons de lui <iue ses manifestations, sans pouvoir saisir la cause permanente des phénomènes variables. Nous pouvons conjecturer seulement que ce principe est impondérable, puisqu’il n’est ni détruit ni altère par le renouvellement successif, mais complet, de toute la matière pondérable du corps vivant. Or, puisque parmi les corps v ivants il y en a qui sont unis à des âmes intelligentes, qui nous prouve que ce principe ne puisse pas être dans un certain rapport avec l ame, que ce rapport ne puisse pas se maintenir ou se rétablir après la mort apparente, et (|ue ce même [)rincipe ne puisse pas survivre à la dispersion totale de la matière, aussi hien (|u’il survit au renouvellement incessant et toUd de cette matière pendant la vie? Qui nous jnaïuve (|ue ce même principe, j>ar la volonté du Créateur, ne puisse pas, dans son union constante

avec la même âme, devenir un jour 1 agent de la reprodiielion du corps détruit? Ce ne sera pas lu même matière, sans doute, qui constituera le corps ressuscité. i|ais y a-t-il jamais, même pendant la vie, un ensemble fixe de molécules matérielles? Ce n’est pas ce flux et ce reflux de la matière qui constitue le corps. 11 n’en est que la partie apparente et jihénoménale. La substance vraie du corps, c'est ce mystérieux principe d identité qui en conserve la forme immuable et l impose à la matière mobile.

ün demande ce que peut devenir ce jirincipe entre le Jour de la mort et le jour de la résurrection?-. Voici une hypothèse qui n’est pas nouvelle, puisque Leibnitz a pu en trouver le germe chez les néoplatoniciens. Vous êtes libre de supposer avec lui (jue le principe de la vie physiologique est impondérable, mais non incorporel, et que l’âme reste unie à ce principe, tandis qu’elle est séparée du corps pondérable et visible'.

(>ette thèse placée sous les auspices de Ixibnitz, tend à prou\er que le dogme de la résurrection n’implique aucune impossibilité ni aucune contradiction qui doive le faire rejeter à priori par la

1. Celle idée d’un cor/is principe oa d’un principe impondérable, quoique non incorporel, se renconlre irès-souvenlchez Leibnilz : « Non est necesse ad anima) immorlalilatem luendam, ut sit subslanlia separata, potest eniin semper indula manere subtili corpore, quale ego etiam angelis tribuo. »

{Epislola Lei6r»i7iï ad Bierlinÿium, janvier 1713, etc. , etc.)

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philosophie. C’est assurément la dernière démarche de la raison en pareille matière.

C’est ]>ar le sentiment que l’auteur des Horizons célestes traite cette grande question. Résurrection, relèvement! mot admirable, o Ce matin-là, mon bien-aimé se relèvera lui-même et point un autre. Ce n’est pas une création nouvelle, c’est un relèvement. Dieu, à la place du mort chéri dont mon cœur garde l’image. Dieu ne me donnera pas quelque être inconnu; non, Dieu le relèvera, lui que j’aime, et mon espoir ne sera pas tronq>é. Parmi cette cendre, o vertu des compassions de mon Dieu ! un germe, visible pour lui seul, renferme la vitalité (pie je croyais à jamais éteinte. Comme le grain de blé enfoui dans le sillon, aux premières pluies sort de la poussière, verdoyant, plein de jeunesse, et charme mes yeux et m’enchante le cœur; ainsi, revêtu de son corps rendu glorieux, incorruptible, pareil à ce Jésus qui se releva jadis, mon bienaimé se relèvera. » Laissons là ces mystères. Ne cherehons pas à comprendre ce qui dépasse visiblement la condition humaine de l’entendement Gardons-nous surtout de cette curiosité un peu indiscrète qui préoccupe l’auteur des Horizons célestes et qui le pousse à se demander par quel art telle figure désastreuse de sa connaissance jiourra être, au jour de la ivsurrection, revêtue d’une immortelle beauté. A cette seule question, on serait tenU’ de soupçonner une femme dans l’aimable et poétique écrivain, si déjà on ne l’avait reconnue. Mais on se

LES DOCTRINES RÉCENTES SDR LA VIE FUTURE. 445 souvient que saint Augustin lui-mème n’a pas résisté à I attrait de ces petits problèmes de boudoir mystique, et qu’il nous a promis pour notre corps toutes les réparations conjpalibles avec la conservation de son identité. Il nous assure que la maigreur et l’embonpoint seront équitablement corrigés, et que le divin artiste, sans refondre son œuvre, la retouchera légèrement pour l’éternité.

La philosophie est fort dépa} sée dans cet ordre de (juestions. Elle a hâte de les fuir. Les détails de ce genre lui font peur, et ce n’est pas sans raison. Tout ce qu’elle peut fournir à l’impatience de l’esprit, c’est quelque belle induction sous forme d’image.

La vie future développera tous les éléments de ivalité et de perfection que notre nature contient. Elle dépassera infiniment les bonheurs inquiets et les joies précaires de cette vie. Ce sera une vie entièrement et complètement nouvelle à laquelle rien en ce monde ne peut nous pœparer. (i’est par des analogies surtout que la transition étonnante de cette vie à l’autre a été de tout temps expliquée. Platon nous dit' que l’âme s’offre à nous dans la vie présente comme Glaucus le Marin, après son long séjour dans la mer; mais transportez-la dans le monde supérieur de la science et de la vérité, on verra ce qu elle peut devenir

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