CHAPITRE III
2^ Partie. — Du moyen âge à la période
contemporaine.
Pendant la période moderne, il n'est guère de philosophie où le problème ne soit plus ou moins discuté; Surtout au début les opinions se croisent et se combattent et Tordre chronologique seul conduirait à^ d'inextricables confusions. Il sera donc préférable de classer les systèmes par groupes et de suivre^ dans chaque groupe. Tordre chronologique. Les divisions adoptées seront les suivantes :
Solution : par la chute en ce monde et Toptimisme apanthéiste.
Solution : par Toptimisme panthéiste;
Solution : par la chute hors du monde.
Solution : par Tagnosticisme.
Et pourrait-on ajouter « par le double principe du bien et du mal » si le dualisme, étant surtout question de théologie, n'avait sa place marquée dans le
chapitre des religions. Au point de vue philosophique, le dualisme se résout en optimisme.
La chute en ce monde telle qu'elle est posée par le dogme, interprété souvent avec une dureté sans égale, paralyse les philosophes chrétiens des xvi^ et xvii' siècles. Ils n'osent prolester, mais n'acceptent pas cependant Textension de la responsabilité et la condamnation aux plus terribles châtiments d'êtres inexistants au moment de la faute ^ Alors même que les conséquences de la « chute » seraient ramenées à des proportions raisonnables, alors que Ton interpréterait celle-ci comme Taffirmation progressive de la volonté libre en ce monde, le problème métaphysique n'en reste pas moins insoluble ; Thomme, l'enfant, ne sauraient expier une faute qu'ils n'ont pas commise. Aussi bien reste-t-il en faveur auprès des philosophes, comme suprême argument, cet optimisme qu enseignaient, dans les premiers siècles, à la suite des penseurs de Tantiquité, les Pères et Docteurs de TÉglise. Les confessions de saint Augustin, la somme de saint Thomas, les philosophies de Descartes, Leibniz, Malebranche , etc., etc., abondent en phrases
1. Les théologiens catholiques et protestants se sont appliqués dans la suite à dissiper sur ce point les exagérations de leurs prédécesseurs des xvii« etxviipsiècles (Y. p.*71 à 73).
copiées, dirait-on, sur le Timée de Platon, ou
l'œuvre des Stoïciens \
« Le mal particulier, dit saint Augustin, n'est qu'apparent lorsqu'il est la raison d'être d'un bien plus général. » Pour saint Thomas, « le mal n'est pas réel, il est la condition du bien... Il est manifeste que le mal se trouve dans les choses que Dieu a faites au même titre que la corruption... Dieu n'est la cause du mal que par accident^. »
Il serait aisé de multiplier les citations de ce
genre.
Parmi les défenseurs de l'optimisme, le plus illustre sans contredit fut Leibniz, mathématicien de génie, penseur incomparable, que l'on range, du consentement universel, parmi les plus grandes intelligences du passé. On doit à ce philosophe un Traité sur l'optimisme appelé Théodicée qui en science et en conviction n'a pas été dépassé. Nous sommes ici au cœur de la doctrine ; nous en saisissons les parties fortes et l'irrémédiable insuffisance.
L'argument de Leibniz repose sur le principe de la raison suffisante. Dieu étant parfait en sagesse et en bonté n'a pu manquer de choisir le meilleur
1. V. Aulu-Gelle, Epictète et Marc-Aurèle, cités par Janet et Sêailles ; op. cit.