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l/lDÉE DE FINALITE
Nous retrouvons, à deux mille ans de distance dans Leibniz, Shopenhauer, Wundt, etc., etc..., les mêmes pensées exprimées en termes à peu près identiques \
Bien que n'admettant pas la chute extramondiale, Aristote est optimiste à la façon de Platon. Quant aux Stoïciens, très éloquemment, ils en appellent à la cause-finalité de TUnivers comme preuve de la sagesse divine, et, d'autre part, ils posent Dieu dans la nature et Fidentifie avec elle. Dès lors, l'existence du mal ne laisse pas que d'être embarrassante. L'optimisme, comme d'habitude, vient à leur secours. Le mal n'est qu'un accident, une conséquence du bien ; une « excroissance » nécessaire. c( La nature, disaient-ils, n'a pas Tintenlion de (f rendre les hommes sujets aux maladies; mais « créant un grand nombre de choses belles et c( utiles, il s'est trouvé qu'un certain nombre d'in- « commodités étaient liées à celles-là « alia simul (( agnata incommoda » (Aulu-Gelle) . C'est la pensée, presque le langage de Leibniz.
D'où la conséquence que pour vivre selon l'ordre, il faut négliger les biens de la vie, et braver sans faiblesse et sans crainte les épreuves de ce monde.
1. (( Quelque richement doué et quelque parfait qu'il puisse être, l'être individuel n'est qu^ine goutte d'eau dans la mer de la vie. Quel sens peuvent avoir pour l'univers son bonheur comme sa douleur i » Wundt, Ethique ; cité par Hoffding. Philosophie contemporaine.
Marc-Aurèle et Epictète développèrent ces maximes avec une élévation de sentiments qui n'a pas été dépassée.
« Traitez-moi, Seigneur, à votre volonté, je suis (( résigné à vos lois et votre volonté est la mienne. « En toutes choses je célébrerai vos œuvres et (c vos bienfaits. Si le bien quotidien vient à me (( manquer, c'est que mon Général me fait sonner « la retraite. Je lui obéis, je le suis, je Tapprouve, « je célèbre sa volonté, car je suis venu quand il « a voulu ; je Fai glorifié, car c'était ma fonction « auprès de moi-même, auprès de chacun, auprès « de tous^ »
Philon le Juif, Plotin et son continuateur. Porphyre, nous conduisent au seuil du moyen âge*. Nous touchons à la phase dernière de la philosophie grecque, et, pour un long intervalle, de toute philosophie ; jusqu'au xvf siècle la théologie régnera souveraine et nulle pensée indépendante ne troublera ce long assoupissement.
Contemporaine du Christianisme naissant, influencée par les dogmes de la Trinité et du péché originel que les conciles élaborent lentement, la philosophie de Plotin, ou le néo-platonisme, s'ins-
1. Epictète (Entretiens) cité par Janet et Séailles, op. cit.
2. L'école fondée par Plotin, ou école Alexandrine, fut fermée par TEmpereur Justinien en 529 ; ses représentants s'enfuirent en Perse.
pire des âpres discussions du temps, principalement en ce qui concerne le problème du « mal ».
Dépassant Platon et sa timide doctrine de la déchéance, Técole admet une triple descente; de rUn principe absolu à rintelligence ; de Tlntelligence à Famé du monde; de celle-ci à Tâme individuelle. Peu importe d'ailleurs le nombre des chutes; ce qui nous intéresse, c'est le caractère de volonté attaché à la chute dernière. Trompée par la grandeur de son origine, l'âme individuelle, jusqu'alors confondue avec l'âme universelle, cède à l'orgueil, trouble Tharmonie, cherche à s'individualiser. Assujeltie dès lorsà une matière limitée, siège des ténèbres et phénomène imparfait de l'Universel, elle entre dans la vie avec un cortège de passions, de misères et d'erreurs. Par 15, se résoudrait le problème du « mal ».
Entre la chute platonicienne et celle qu'enseignent Plotin et ses disciples, la différence est grande, essentielle. D'après Platon, le passager sombre avec le navire; selon l'école d'Alexandrie le pilote téméraire et coupable conduit par orgudd le navire à sa perte l La chute est donc acte de volonté et le système se complète, par la métempsycose avec châtiment ou récompense et le retour à l'Un. Le philosophe cependant doute encore. (( Certaines choses mauvaises, dit-il, donnent lieu (( d'élever des doutes sur la providence univer-
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<( selle. Le monde sensible en particulier est le « théâtre de la multiplicité, de la division et de la (( haine. » Mais le monde sensible et par conséquent le mal ne sont-ils pas une nécessité, le terme d'une procession fatale? D'où cette conclusion, que les maux particuliers sont une condition du bien, un élément de l'ordre général. C'est le retour à l'optimisme.
En résumé, comme explication du « mal » nous trouvons la déchéance fatale et involontaire hors du monde, ou, dans les mêmes conditions, la chute avec un rudiment de choix. A côté, ou plutôt audessus, plane cet optimisme serein que plus tard reprendront et perfectionneront les philosophes modernes. Nous y reviendrons, pour en montrer l'insuffisance, dans le chapitre suivant. Médiocre est d'ailleurs l'intérêt des systèmes; remarquons au contraire l'ardeur, la convergence des efforts vers la solution du problème ; nous y voyons, agissante, l'éternelle inquiétude qu'entretient en toute pensée digne de ce nom la préoccupation de finalité, qu'il s'agisse de l'espèce ou de l'individu.