‹ L'idée de finalité [microform]; finalité générale et finalité individuelleChapitre 12 sur 50 · V. Renouvier, op. C · texte numérisé non relu

V. Renouvier, op. C

L IDKE DE FINALITE

« lois psychologiques qui nous sont connues dans « le rapport du jugement et de la volonté avec les « passions... » Le désordre fit entrer la mort parmi ces hommes et finalement la planète se désagrégea et retourna à Fétat de nébuleuse. Ce monde où nous vivons n'est plus qu'un champ d'épreuve où Thomme purifié par la douleur se réintégrera dans une nature céleste reconstituée !

En ces vues d'esprit, inspirées de Kanl, le philosophe transporte sur une autre planète les obstacles qui le gênent en celle-ci.

L'opinion de Secrétan nous intéresse non par sa fixité mais par ses changements. L'évolution d'uni esprit supérieur qui renonce, devant l'évidence, à ses affirmations premières, dispose en sa faveur et le travail de sa conversion n'en devient que plus instructif par la franchise et la réflexion qu'on lui suppose.

Après s'être montré partisan de la chute hors du monde imputable à quelque noumène, esprit de l'espèce, faute que devait expier le passage sur terre suivi d'un retour à la vie de l'esprit, toute individualité abolie, le philosophe, progressivement, en arrive à discuter et combattre son propre système auquel s'opposent trois difficultés qu'il juge insurmontables \

i. V. Pillon. La Philosophie deSeci^étan.

La chute présuppose l'existence de volontés faillibles, donc antérieurement plus ou moins déchues ce qui recule simplement la difficulté ; la vie future sans conservation de la personnalité est inintelligible ; le darwinisme enfin, alors en vogue, ruinait toute hypothèse fondée sur la fixité des espèces. Il faut cependant une explication au mal. Secrétan se retourne alors vers un optimisme agnostique : <( Dieu, dit-il, est tenu à la justice envers l'es- « pèce et non envers l'individu !... » « Il n'y a « entre Lui et la personne humaine rien de ce que « nous appelons rapports de justice. »

Nous voilà revenus, par fatigue et découragement, à l'agnosticisme de Spinoza.

Il serait aisé d'allonger la liste des systèmes sur la chute hors du monde, mais à quoi bon? N'est-il pas suffisamment démontré l'effort accompli, des origines à notre temps, pour résoudre le problème ! Quant à l'hypothèse risquée de la faute intemporelle, d'insurmontables objections, telles que l'impossibilité de concevoir la défection d'esprits omniscients ou la conservation de la personnalité, et d'autres encore que suggère la psycho-physiologie et sur lesquelles nous reviendrons S s'opposent à

1 Comment l'omniscience d'un pur esprit succomberait-elle à ces tendances, émotions, peines et plaisirs même d ordre affectif et moral qui d'après la psycho-physiologie dépendent du corps. C'est là, autrement formulée, l'objection de Renouvier. Celle-ci ne vaut pas cependant lorsqu'il s'agit de ten-

toute explication par Toption nouménale. De cette impuissance à franchir Tobstacle en Tabordant de front est sorti Fagnosticisme contemporain par lequel nous terminons ce chapitre.

Kant et Hume furent surnommés (avec Spinoza) les princes des agnostiques. Le premier concluait cependant de l'argument des causes finales à un architecte très parfait de TUnivers et le second tirait du même argument la preuve qu'il existe un Dieu intelligent et bon. L'infinité et la perfection, disaient-ils l'un et Tautre, ne peuvent être prouvées par la raison discursive; qu'importe si la raison pratique et l'intuition ^ nous en donnent Tassurance !

Hume en particulier fulmine contre ces théologiens mystiques ou « agnostiques » qu'il appelle c( athées sans le savoir)). LaUogique de son système l'oblige à ne reconnaître qu'un Dieu fini ; telles sont donc ses conclusions dogmatiques ; mais aussitôt après, s'abandonnant, il écrit : « L'idée « de Dieu, c'est-à-dire d'un être infiniment sage

dances propres à l'esprit autonome, telle que, dit-on, la tendance morale ; mais le sentiment moral ne saurait être en opposition avec l'ordre établi.

1. Il ne peut s'agir d'une intuition dépassant l'intelligence, faculté imaginaire et que nous ne possédons à aucun degré. Nous entendons par intuition une vue quasi instantanée de l'esprit résuUant de jugements anciens, conscients ou non, ou de jugements rapides, favorisés par les sentiments, les tendances ou l'imagination.

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« et bon, dérive de ce que nous réfléchissons sur « les opérations de notre propre esprit et de ce que « nous concevons comme illimitées les qualités de « sagesse et de bonté* ». Sentiment ou raison, qu'importe, la croyance existe, plus que cela, la

conviction !

C'est au théologien anglican Mancel qu'appartient le premier rang parmi les rénovateurs de l'agnosticisme \ La philosophie, dit-il, ne peut rien nous enseigner sur la « nature de Dieu et les « attributs de son infini, mais elle nous apprend « tout ce que nous pouvons savoir relativement à « notre incapacité de comprendre la nature divine « et nous donne le pourquoi de cette incapacité... « Nous devons concilier la souffrance avec la bonté « infinie, nous le pouvons mais à la condition que « le type de cette bonté ne soit pas la bonté de

« l'homme »^

Entre une définition trop anthropomorphique de

Dieu, et la négation de tout attribut compréhensible' n'existe-t-il pas cependant un juste miheu ? Mill la montré, le scepticisme théologique équivaut à la négation de la croyance : celle-ci tient

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