‹ L'idée de finalité [microform]; finalité générale et finalité individuelleChapitre 15 sur 50 · DES ORIGINES A LA PERIODE CONTEMPORAINE · texte numérisé non relu

DES ORIGINES A LA PERIODE CONTEMPORAINE

Le problème métaphysique nous'apparaît, somme toute, d'un médiocre intérêt. Le passé en cette matière nous touche peu. 11 en est autrement du problème individuel qui, immédiatement et visiblement, se confond avec celui de notre destinée. Ici entre en jeu au plus haut degré, avec le sentiment de justice, l'instinct de conservation. L'on ne tente pas, subtilement, de concilier avec la juslice parfaite un « mal » antérieur à toute faute ou hors de proportion avec toute faute possible ; la question est plus simple et se réduit à ceci : pourquoi sur terre l'inégalité flagrante des sorts, ici autant d'épreuves, là si peu ? Pourquoi ces douleurs physiques et morales, écrasant les uns, épargnant les autres, et sans doute imméritées ? Quelle sera la réparation ? Comment cette répara* tion sera-t-elle adéquate? Pour nous et pour lesautres les interrogations s'accumulent. En temps

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de prospérité on n'y songe guère, viennent les grandes épreuves, les déchirements de Tâme, la mort des êtres chéris, la solitude, Tisolement, Fénigme surgit obscure et troublante. Le Dieu de rUnivers nous aurait-il créés pour souffrir sans espoir? Sa justice ne le permettrait pas. C'est ainsi que se pose, sous la triple impulsion du sentiment exalté, de l'idée de justice et de l'instinct de conservation, le problème des problèmes. 11 en est ainsi que la forme du « Suprême » évoqué soit monothéiste, panthéiste ou réponde à Tidéal confus « du beau, du vrai et du bien » proposé par le monisme contemporain. D'un bout du monde à l'autre l'inquiétude finaliste agite les consciences où subsiste la faculté de réfléchir, où l'initiative n'est pas écrasée par les doctrines déprimantes et le simple poids de la matière, cap l'âme comme le corps s'habitue à la servitude et finit par Taimer.

Les solutions successives en ce qui concerne le problème métaphysique n'avaient d'intérêt qu'à titre de documents, comme indices d'un état d'âme; à présent elles nous touchent directement et sont, par elles-mêmes, dignes d'attention. En restant par nécessité dans les grandes lignes nous montrerons dans ce chapitre non seulement le progrès constant de « Tidée finaliste » parallèlement au développement de la pensée humaine, mais aussi, mais surtout, l'identité remarquable des con-

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LE PROBLÈME INDIVIDUEL

clusions selon que prédomine le déterminisme ou la liberté. Déterminisme ou liberté ! La distinction est fondamentale; nous la conserverons et dans ce cadre où se rangent tous les systèmes, nous suivrons Tordre chronologique de leur apparition.

A. Les systèmes déterministes.

Admet-on le déterminisme, Tépreuve individuelle est-il besoin de le dire ne saurait être qu'expiation ; l'enrober d'optimisme, l'excuser à titre de ferment nécessaire, de stimulant vers le progrès, de force moralisatrice et éducatrice, de sentinelle préposée à la conservation de l'espèce, tout cela est aisé, mais l'argument passe à côté du problème. La chute, si chute il y a, et comment s'en passer, sera nécessairement hors du monde. L'hypothèse se heurte cependant à d'insurmontables difficultés déjà signalées ; déchéance antérieure, conservation de la personnalité, etc., etc., sur lesquelles il est inutile de revenir.

L'expiation dans tous les cas ne saurait être adéquate sans plusieurs existences consécutives; comment en effet concevoir en une seule vie terrestre le Kanna de la sagesse antique ^ ! Ceci

1. Le Karma est pour les Hindous une sorte d'équation parfaite entre la faute et l'expiation. « Notre présent, dit la théologie brahmanique, est le fruit de notre passé. » Pensée que le Coran exprime en ces termes : « Tout homme sert d'otage à ses œuvres » .

implique métempsycose, sélection des transmigrations, et, en dernier ressort, des lois contingentes d'autant plus difficiles à concilier avec l'immutabilité qu elles seraient postérieures à la chute hors du temps, imprévisibles et de degrés infiniment variables. Ces critiques trouveront plus loin leur fréquente application.

La philosophie de l'antiquité est presque tout

entière déterministe.

Les Pythagoriciens et Platon admettent une ou plusieurs vies futures, pendant lesquelles la métempsycose ascendante ou descendante obéit à des lois sélectives jusqu'à la rentrée définitive de Tâme épurée dans Tabsolu.

Aucune allusion à la chute au sens de faute, ou à la conservation de la personnalité. 11 est vrai qu'en ce temps, la personnalité, en tant que conscience et volonté, n'atteignait pas la précision d'un concept déterminé, et personne ne s'en préoccupait.

Le déterminisme des Stoïciens est farouche, absolu. Ils admettent en général la pérennité de 1 ame ou du moins sa persistance pendant un certain temps, et la survie, surtout chez les Romains, prend un caractère franchement religieux.

Dans sa Consolatio ad Marciam, Sénèque écrit à une mère qui vient de perdre son fils : <c C'est

LE PROBLÈME INDIVIDUEL

« l'image de ton fils qui a péri ; lui-même est • « devenu éternel, dépouillé de ce qui n'était pas « lui »... « La mort, dit-il ailleurs (ch. xxxvi), « interrompt la vie mais ne la supprime pas. Vienne « le jour qui nous rendra la lumière ! Tout ce qui « semble périr ne fait que changer. Supporte donc « son départ avec résignation, puisqu'il doit être (( suivi de retour. »

De chute hors du monde, de ce que peut être cette vie future, de la, personnalité, il n'est pas question. La doctrine écarte môme l'argument de la sanction morale invoqué par Platon et cela est logique. « Si Ion admet que le seul bien c'est la « vertu, le seul mal le vice, il s'en suit que la « vertu est identique au bonheur, que le sage est « nécessairement heureux et qu'il n'a besoin d'autre « récompense que la vertu même et le vice d'autre (( châtiment que lui-même ^ » En résumé, courage, patience, résignation, et c'est tout!

Le problème du « mal » se résout donc par un panthéisme optimiste, dans lequel, lorsqu'il s'exprime, nous trouvons les arguments et souvent les phrases mêmes de la Théodicée de Leibniz.

Le néo-platonisme est-il pour ou contre la liberté ! La réponse n'est pas aisée. Plotin se défend du

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