Cette loi s'énonce ainsi
« L'histoire du développement individuel ou Vontogenèse
et Ton repousse aujourd'hui comme antiscientifique Finstabilité de Thomogène, que Spencer place au premier rang comme ferment interne d'évolution. La paléontologie refuse de livrer les secrets des variations continues ; nous y voyons au contraire l'apparition brusque des formes individuelles, conservées ensuite par hérédité; l'œil par exemple, organe admirable, merveille des merveilles, apparaît tout à coup dans la série animale \ Tous les efforts pour rattacher par des degrés ininterrompus l'homme au singe ne furent que de retentissants échecs, et les fameuses constructions généalogiques de Hseckel, si vantées il y a quelques années, sont aujourd'hui considérées comme œuvre de fantaisie ! <c C'est en vain, écrit Virchow, qu'on cherche le c( chaînon qui aurait uni l'homme au singe ou à « quelqu'autre espèce animale... Ainsi dans la « question de l'homme, nous sommes repoussés « sur toute la ligne ". » Si bien qu'aujourd'hui,
n'est qu'une brève récapitulation de la longue histoire paieontologique ou philogénique. » Le Dantec la formule dans les termes suivants : « Depuis l'œuf jusqu'à l'état adulte, rindividu traverse des états analogues à ceux qu'a traversés son espèce depuis l'origine jusqu'à l'état actuel. »
1. L'œil des trilobites crustacés des temps primaires atteint déjà toute la perfection que cet organe possède chez, les articulés. (Bohn. La naissance de V intelligence.)
2. Virchow. [Congrès archéologique de Moscou, 4912.) V. aussi G. Perret. Les transformations du monde animal. « Mais il faut savoir faire l'aveu que nous sommes à l'heure actuelle tout à fait impuissants à observer et môme à expliquer autrement que par des vues théoriques les divergences fon-
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l'évolutionnisme contemporain 79
l'expérience aidant, tout en admettant la possibilité de variations accidentelles confirmées par hérédité, on en vient à poser à la base de l'évolution et comme son fondement la théorie des mutations brusques préconisée par de Vries, Weisman et d'autres, conception nouvelle dont le sens est métaphysique et finaliste ! Au milieu d'un peuple de mammifères l'homme, dit-on, serait apparu brusquement avec un cerveau hypertrophié et un pouvoir mental correspondant !
~ De cette crise du transformisme suit-il le détrônement de la doctrine et sa relégation au rang des hypothèses mortes? loin de là, jamais elle ne fut dans ses grandes lignes plus vivante et plus universelle. La leçon est au point de vue des déductions philosophiques, une leçon de prudence ; la porte s'ouvre de plus en plus aux interprétations les plus différentes. Grande fut l'erreur de ces prophètes qui, joyeusement appuyés sur la doctrine nouvelle, annonçaient la condamnation de la finalité ; celle-ci trouve au contraire dans l'évolution progressive des espèces, nous le montrerons plus loin, son éclatante confirmation.
En se bornant aux divergences fondamentales,
damentales qui séparent les ordres les classes et les grands embranchements du monde animal. » Mivard, Quatreiages, Zittel (Trailé de Paléontologie, 1890-1893) souscrivent à ces conclusions.
l'iBÉE de FmALlTË
nous pouvons aujourd'hui partager les adeptes de l'évolution, ou pour mieux dire Tuniversalité des penseurs, en deux classes, les partisans de Tévolutionoisme mi%é€tles partisans de levolutionnisme intégral, ou monistes. 11 n'est guère d'autre alternativ^e. Les premiers rejettent Téternité a rétro de la matière, ils reconnaissent à l'homme, avec la liberté, un principe intellectuel supérieur, par Tactivité spontanée dont il est capable, au mental animal ordinaire, en deux mots, la conscience et la volonté et admettent dans la nature une pensée directrice se manifestant, bien entendu, par le simple jeu des lois naturelles. Pour les seconds, déterministes et panthéistes « Thomme n'est pas libre, mais ignorant des motifs qui le font agir » ; la nature est éternelle a rétro ; l'évolution résulte de lois d'airain dans lesquelles la cause-finalité ne tient aucune place; il n'existe pas de pensée directrice; l'intelligence gît dans l'atome de matière; ce qi^ nous voyons, ce que nous admirons, est le résultat du hasard. C'est le monisme contemporain. Afin de fixer les idées Ton nous permettra de résumer la situation actuelle des s^^stèmes en présence et les arguments dans l'un et Tautre sens.
De Tévolutionnisme mitigé nous dirons, passant du terrain rationnel à celui de la croyance quil est aujourd'hui sanctionné en ses grandes
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L EVOLUTIONNISME COMTEMPORAIN
lignes par la plus rigoureuse orthodoxie ^ C'est aux Pères de la primitive Eglise, le croirait-on ! que revient Fhonneur d'avoir formulé pour la première fois la célèbre doctrine, et il ne s'agit pas de vagues aperçus mais d'une description à certains moments nette et précise.
Saint Augustin s'exprime à peu près dans les termes suivants : a Lorsque Dieu prononça les « paroles de la genèse : Que la terre produise « l'herbe verte, il ne s'ensuivit en aucune façon oc la brusque apparition de l'herbe ; celle-ci ne fut « créée qi('i?i fiéri^ in causa; c'est-à-dire que la « terre reçut la puissance de produire peu à peu « dans la suite des siècles par le jeu des lois natu- « relies secondaires et qu'il en fut ainsi de tous « les cx)rps organisés. Ainsi en créant la matière « Dieu y introduisit certaines raisons causales ou « énergies propres à façonner avec le concours des (( lois secondaires, les milliers de formes organi- « sées qui ont apparu dans le temps ». Saint Thomas, neuf siècles plus tard, abonde dans le même sens.
« Dieu, dit saint Grégoire de Tours (S44-d94) « créa la matière dans un état informe et en « quelque sorte nébulaire et il infusa dans cette « matière une puissance interne qui lui fit revêtir