‹ L'idée de finalité [microform]; finalité générale et finalité individuelleChapitre 23 sur 50 · V. page · texte numérisé non relu

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« par un développement successif toutes les formes « variées d'existence dont elle était capable et que « nous voyons aujourd'hui. L'Univers et tout ce « qu'il contient, les plantes, les animaux et (( l'homme ont été parallèlement créés par Dieu c( mais d'une façon très différente. La matière c( primitive ou nébulaire fut tirée du néant directece ment et immédiatement, tandis que les innom- « brables créatures du monde visible ont été pro- (( duites par Dieu médiatement et indirectement, « c'est-à-dire par l'opération des causes secondes « communément appelées lois de la nature. »

Voilà donc annoncées, par les Pères et Docteurs de TEglise, la création dérivée des corps, aussi bien de l'homme que de l'animal ou des végétaux, et l'existence antérieure de notre planète sous forme de nébuleuse, selon l'hypothèse lamarckienne !

Mais objecte-t-on, l'évolutionnisme mitigé évoque le miracle, le yniracle de la création. Le mot portait naguère et décidait des controverses. Aujour^ d'hui cependant plus que jamais impuissants à explorer l'infini domaine des lois naturelles, nous entendons, conscients de notre ignorance, qu'il en soit fait usage avec circonspection.

Le miracle n'est pas un effet sans cause, mais un effet dont les relations causales nous sont inconnues, et l'effet n'est érigé en variable que par notre ignorance des lois qui le régissent. Admet*

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on la possibiUté de ces lois en un cadre déterminé et sans perturbations générales, l'argument miracle est sans portée, et la variable rentrant dans Tordre n'existe plus en réalité. De ce que nous ignorons la cause d'un phénomène suit-il qu'il n'en ait pas selon des lois préétablies ! Il serait plus simple de nier la pensée directrice ou d'invoquer Tinconcevabilité du résultat. De fait, le mot création répond à un concept indéfinissable, incompréhensible ! Que peut être une création de la matière hors du temps ! Un fait éternel ! Rien n'est moins variable ! Tout cela dépasse notre raison. Prenons le concept de création dans un sens compatible avec nos facultés. Il signifie alors l'existence, au-dessus de la matière et distincte d^elle, d'une puissance supérieure; création est synonyme d'apanthéisme.

L'évolutionnisme intégral subit en ce moment de rudes assauts et souvent même au nom de la biologie, de la paléontologie, ou des lois physicochimiques classiques. L'éternité de la matière, son dogme essentiel, ne parait compatible avec l'évolution progressive que si l'on admet l'hypothèse cosmique de la formation et de la destruction indéfinies des mondes. Le principe de Carnot étant inconciliable avec une telle périodicité S l'on répond

1. Le principe de Carnot, ou loi de dégradation deTénergie, s'énoncerait à peu près ainsi : « on ne peut faire passer de la

que c( dans le grand tout du Kosmos les choses se passent auti'ement » ; peut-être, mais que savonsnous alors de lapplication des lois d'énergie dans le domaine psychique ou hors du monde. Ne semble-t-il pas que leur persistance est incompatible avec la déchéance du principe de Carnot ^ ! D'autre part la biologie dans ses tentatives d'expliquer les ressorts intimes de notre activité échoue sur toute la ligne -, et comme je lai montré plus haut, les raisons scientifiques du transformisme, hors de l'hypothèse de cause-finalité, demeurent incompréhensibles ; parmi les maîtres de la science se confirme la tendance à reconnaître la contingence

chaleur d'un corps relativement froid dans un corps chaud >;. Ce qui signifie en termes d'évolution qu' « un système isolé ne passe jamais deux fois par le même état ». « Dans le grand tout du Cosmos, répond Hseckel (Les Eniqmes de l'Univers), les choses se passent autrement; les conditions sont données cette fois qui permettent inversement la transformation de la chaleur latente en chaleur mécanique. » Certains phénomènes (le mouvement brownien par exemple), tendraient à prouver en effet que la loi de dégradation de l'énergie ne s'applique ni aux infiniment petits, ni aux infiniment grands. On n'en sait trop rien et la réponse d'Hieckel n'est pas concluante. E. Borel s'appuyant sur le calcul des probabilités démontre que la loi de Carnot est valable dans tout l'univers (V. Le Jiasard, par E. Borel, professeur à la Faculté des Sciences de Paris, Paris, 1914).

1. 11 existe d'autres arguments contre l'éternité de la matière a rétro, la loi du nombre par exemple, qu'il n'est pas aisé de réfuter, bien que les infinitistes s'y essayent depuis longtemps. (V. Renouvier. Problèmes de Métaphysique : Duhring, cité par Pillon. Année philosophique, 1911, etc., etc.)

2. V. Les Inconnus de la Biologie délei^ministe. Paris, Alcan,

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des lois de la nature, et l'on admet de moins en moins leur extension arbitraire à des sphères d'ordre supérieur et totalement inconnues ; les instincts animaux révèlent un savoir-faire, une prévision que les subtihtés de l'évolution n'arrivent pas à expliquer ; la théorie de la conscience épiphénomène, témoin sans rôle utile de nos actes, est à ce point discréditée que la prendre au sérieux serait perdre son temps ; l'intelligibilité du monde, enfin, pose des problèmes de plus en plus nombreux, aussi impossibles à étudier qu'à résoudre ! Le chemin est donc hérissé d'obstacles et le moins que Ton puisse dire c'est que la philosophie de Tévolutionnisme intégral traverse une crise de croissance.

Peu importe. Dès à présent le transformisme dans ses données essentielles, et Févolutionnisme, dans ses grandes lignes ne sont plus contestés. Que nous enseignent l'un et l'autre relativement à notre destinée ? Sont-ils le calmant ou le stimulant de l'idée téléologique ? et sur la finalité individuelle et générale nous apportent-ils quelques aperçus intéressants ? La réponse à ces questions fera l'objet des chapitres suivants.

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