V. Bergson. U Evolution créatrice
L EVOLUTIONNISME CONTEMPORAIN
appréciation des convenances échappe aux exagérations d'autrefois et que, d'autre part, la causalité mécanique étant acceptée ^ il ne saurait être question de renverser les lois naturelles; du même coup s'écroule l'argument miracle toujours à craindre lorsqu'il s'adresse à des mentalités primaires.
La différence est que, regardant non en avant mais en arrière, nous contemplons en imagination des milliards et des milliards d'hommes, nos semblables, qui, pensant et souffrant, s'insèrent docilement à leur rang dans l'ordre suprême; nous écoutons à travers les siècles le bruissement lointain des combats pour l'existence, le crépitement des choses et des êtres nivelés par le rouleau du temps. Devant cette grandiose synthèse, précise dans les détails, majestueuse dans Tensemble, l'ordre téléologique prend un caractère de si prévoyante sagesse que, nous le sentons d'instinct, personne ne sera oublié ; du petit au grand pour qui a souffert injustement viendra l'heure de la réparation.
1. Le mécanisme ne s'oppose pas toujours à la finahté, loin de là. H en serait ainsi dans l'homme où le déterminisme physiologique, quand on l'admet, supprime avec la liberté toute possibilité de fin raisonnable; mais dans l'Univers, où le mécanisme est œuvre d'une pensée directrice la contradiction disparait. Rien n'empêche de concevoir l'ordonnancement des lois naturelles en vue dune fin; c'est ainsi et non autrement que nous devons entendre le courant téléologique.
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