Voyez par exemple Ha3ckel. Les Enigmes de lUnwers
suprême qui les produit et les actionne. Personne ne le contestera parmi les monistes mêmes, sous peine de nier la pensée. « L'élévation de l'esprit « au-dessus du monde visible, dit Hegel, ce mou- « vement qui lui fait franchir les limites du fini et <( le conduit dans les régions de l'invisible et de « l'infini, tout cela c'est penser. Lorsque ce pas- « sage du fini à l'infini n'a pas lieu, on peut dire (c qu'il n'y a point de pensée. Les animaux ne <( pensent pas... » Ce principe suprême, implicitement avoué, ignorons-le, si nous voulons, dans les spéculations d'une philosophie purement biologique, c'est notre droit, mais en fait il s'impose et comment l'imaginer, par quelle aberration le concevoir comme déficient ou neutre dans cette vertu par excellence qui est le meilleur de l'homme et sert de mesure pour l'appréciation de son niveau moral ! L'évolution aurait engendré un sj^stème de valeur supérieur à elle-même, et l'émané selon un déterminisme absolu, surpasserait l'émanant ! Cela est invraisemblable. Parmi les adeptes du monisme, quelles que soient la rigueur du système et la tyrannie de ses exigences, il n'en est pas un, j^ose le dire, qui ne sente en son for intérieur, plus ou moins confusément, la probabilité, au-dessus des lois, d'une justice immanente*.
4. Spencer, revenu de ses erreurs de jeunesse, écrit vers la fin de sa carrière «... Cette énergie interne qui dans la
Tout autre est le cas des agnostiques vrais, s'il en existe, car agnosticisme est synonyme d'athéisme et l'athée total se rapproche singulièrement du dément. Diaprés Spinoza il ne saurait y avoir plus de rapport entre la justice humaine et la justice de Dieu qu'entre la constellation du chien et un chien véritable. Quelques phrases de ce genre valurent à leur auteur la gloire de partager avec Hume le titre de prince des agnostiques. Gloire peu méritée ! L'illustre philosophe n'accorde-t-il pas à Dieu rétendue et la pensée, sans compter d'autres attributs, la volonté par exemple, qu'il ronge parmi les modes de la pensée divine ' ; or l'agnostique pur n'admet rien de pareil!
Nous aurons l'occasion de revenir dans un autre chapitre sur les origines de l'agnosticisme et sa valeur en tant que forme de la pensée religieuse. Qu'il nous soit permis de signaler dès à présent qu'en isolant l'Être suprême de tout attribut compréhensible, ou, ce qui revient au même, en accordant au Dieu des panthéistes des qualités qui n'ont aucun sens, on enlève du coup tout objet à la con-
conscience de l'homme primitif, comme dans la nature, lui paraissait rantécédent de toutes ses actions, cette énergie est la même qui, dépouillée de tout accessoire anlhropomorphique se pose comme la cause de tous les phénomènes externes. » L'évolutionnisme intégral s^accommoderait amsi d'un Dieu possédant intelligence et volonté.
1. Spinoza, par une singulière contradiction, termine son éthique par ces mots « j'ai expliqué Dieu ! »
naissance, et la croyance, simple jeu d'esprit, équivaut à la négation, c'est-à-dire à l'athéisme.
« Un absolu qui ne pense pas, dit Ricardou, est « aveugle et ne peut avoir produit notre intellic( gence ; un absolu qui ne veut pas avec cons- (( cience, n'est pas libre et ne peut avoir produit « nos hbertés ; un absolu qui n'aime pas n'est pas « bon et ne peut avoir produit nos bontés. Ou l'ab- <( solu est un abstrait vide d'être, venerabile nihil « ou, s'il est la réalité infinie, il doit posséder à c( l'état infini les attributs qui sont en nous finis et (( d'après lesquels nous le concevons ; il est une « personne morale ' . »
Il n'est pas de système philosophique digne de ce nom, c'est-à-dire objet de raison plutôt que de sentiment, sur lequel ne plane, avouée ou non, la notion d'un Etre suprême ; et la plus simple réflexion nous oblige à le concevoir à l'image de notre moi spirituel, avec ces qualités qui sont le meilleur de l'homme et sur lesquelles repose l'ordre moral tout entier.
Hume au xviii^ siècle posait l'objection dans les termes suivants :
c( S'il y a dans le monde des marques d'une jus- « tice distributive, il faut conclure que la justice