‹ L'idée de justice: dans la conception de l'univers chez les premiers philosophes grecs: de Thalès à HéracliteChapitre 10 sur 53 · LA THÉMIS ET LA DIKÉ · texte numérisé non relu

LA THÉMIS ET LA DIKÉ

Ces deux notions #) se sont ensuite développées, l’une vers le droit positif, l’autre vers la morale, tout en se limitant, soit au droit pénal, soit à la moralité pratique, suivant les diverses fluctuations de la vie sociale. La première, notons-le en passant, fut à tendances plutôt démocratiques: c’est d’elle que procède l’idée d'égalité, laquelle fut d’abord égalité dans les biens possédés avant de l’être dans les droits civiques. L’autre au contraire fut à tendances aristocratiques, correspondant en partie à ce que nous appellerions aujourd’hui la « bonne éducation » et constituant l’ensemble des usages spéciaux aux castes et aux familles. C’est pourquoi elle sera plus précaire à mesure que les gené se désorganiseront, où plutôt se rétrécira au point de n'être plus qu’une vertu morale, pendant que la dikè profitera de la force acquise par la vie juridique. Nous pouvons du reste y reconnaître les deux tendances déjà signalées de la pensée grecque: l’une très positive, qui compte et qui mesure, l’autre plus sentimentale, qui apprécie et qui juge.

Il va sans dire que de telles vues ne peuvent être que très générales. Il nous faut maintenant essayer de préciser, autant que possible, le rôle de ces deux idées en tant que telles. Dans quelle mesure y a-t-il eu une ou plusieurs idées de la Justice ou plus exactement qu’estce que l’on a pu se représenter au moyen de telles idées?

l’une ayant un caractère de nécessité absolue, Pautre exprimant le sens moral de la vie humaine.

45) Peut-être y aurait-il lieu de rapprocher de ces deux tendances d’une part l’idée de la nomos. d’abord distribution des biens (CorNrorp. p. 27: HiIrzELz, n. 240-252; GERNET, p. 6) entre les hommes et nlus tard répartition des choses dans le monde; d'autre part celle des thesmoi ou coutumes sociales (HIRZEL, p. 320 sqa.) en particrlier dans l’agriculture (c’est pourquoi on les retrouve dans le culte de Démèter). Les nomot se sont opposées à la bia, ou conquête des biens par la force, et à la physts, désignant ce qui existe par soi-même et non ce qui est voulu par

2. Or, plus on essaie d’en donner une définition précise et plus il semble qu’elles glissent entre les doigts, s’échappant toujours par quelque endroit de ce que nous pouvons en dire.

C’est qu’aussi bien ce serait, semble-t-il, user d'une fausse méthode et partir d’un postulat non établi que de supposer que les Grecs anciens ont eu toujours des idées précises à propos du langage dont ils se servaient. Ils ont eu différents noms pour désigner la Justice et ils les ont employés dans des circonstances fort diverses et avec des applications très variables. Mais ces noms ne correspondaient pas forcément à des conceptions élaborées, puisque précisément l’état intellectuel dont nous parlons ici était « préphilosophique » et même, peut-on dire, « préintellectualiste ». Mais alors à quoi correspondaientelles ?

Si nous nous souvenons que T'hémis a été aux yeux de ceux qui lui rendaient un culte, une déesse à oracles et donc une conseillère et que, d’abord divinité chthonienne, elle est entrée dans l’Olympe avec le même caractère, il semble qu’elle a représenté la Justice en tant qu'inspiratrice de ce qu’il fallait faire ou de ce qu’il convenait de faire pour agir conformément aux usages et coutumes établis, et de façon à ne déranger en rien le bon fonctionnement de toute la société.

Aussi par conseils justes faut-il entendre, d’une façon très générale, l’ensemble des règles en vigueur au séin des familles, là justement où l'individu était en contact direct avec une contrainte morale. Précisément parce que cette contrainte a été l’objet plus immédiat de senti-

les hommes. Puis, à mesure que les thesmoi et les nomoi se sont rapprochées, l’organisation socialé est apparue comme naturelle, pendant que la nature a été comprise comme réglée par des lois.

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