‹ L'idée de justice: dans la conception de l'univers chez les premiers philosophes grecs: de Thalès à HéracliteChapitre 18 sur 53 · LE MOUVEMENT ÉTERNEL · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT ÉTERNEL

dans la constitution du monde et que cela était la: suite de la conception chthonienne d’après laquelle la mort et la naissance des êtres étaient organisées en suite régulière analogue à la suite des saisons. Ici encore Anaximandre retrouve l'inspiration naturiste des, anciennes conceptions, en posant Chronos comme l'agent fondamental de la naissance, de la vie et de la mort 22).

En résumé sa conception se résume dans l’idée de détermination des choses suivant différentes natures, détermination très -analogue à celle des éléments de la société #3) et nécessaire au même titre que l’antique dike. Il est juste et il faut que l’eau reste de l’eau, l'air de Pair, etc. Et avant cette détermination des éléments, ce qui en a été, sinon le « principe », du moins le « commencement »-24), c’est l’état d’indétermination dans lequel rien n’était rien-et tout était tout.

Ajoutons ces deux indications #%) qui achèvent de nous faire comprendre la pensée d’Anaximandre:

= J1 y a d’abord l’idée d'un mouvement éternel 26), la même au fond que celle'de « selon l’ordre du temps ». L'évolution des choses apparaît ainsi comme comprise moins mythologiquement que dans les cosmogonies où elle n’était qu’une génération et done plus scientifique-

22) Cf. Hypp.. I, 6, 1: « Il parle dn-temps comme déterminant toute naissance, toute essence et toute mort »., (D. V. 2, 11).

23) Cf. CORNFORD, p. 62, 147.

24) Cf. THeopHr,., fr. 2 (D. 476) et BURNET, p. 13.

25) Fournies par la suite du texte de Simplicius: « En effet, ayant considéré les changements des quatre éléments les uns dans les autres, il ne crut pas pouvoir admettre l'un d’entre eux comme fondement des artres, mais quelque chose de différent. La naissance n’est pas le changement d’un élément, maïs la production d’un contraire par un mouvement éternel.

26):Cf. Hrpe., I, 6, 2 (D. V..2 11); SIMPLICIUS, 7e 18 rs p. 283): « Anarimandre posait comme principe une certaine nature infinie. dont le mouvement éternel était cause de la nature des cieux, »

ment. Elle est un mouvement éternel, de sorte qu'il y a de l’infinitude ??) un peu partout, dans le temps comme dans l’espace, en quantité et en qualité ?). Toute détermination de quelque nature qu’elle soit, est postérieure au principe de tout. Il transporte ainsi dans les choses ce qui est au fond le procédé de son esprit: les premières idées par lesquelles il a essayé de remplacer les images mythiques étant forcément non définies, il a cru que les choses se séparaient d’une réalité indéterminée de la même façon que les idées se dégageaient d’une notion d'ensemble.

— Ainsi s'explique la théorie des contraires 2°): parce que les qualités des éléments sont opposées #0), leur mélange, duquel naïissent les êtres particuliers, est une injustice qui doit avoir réparation. Or, c’est la détermination 31) de ces qualités des contraires au sein de l'Infini qui constituait l’état premier du monde. Les choses se sont donc distinguées à peu près comme les couches sociales dans une société civilisée succédant à la confusion de la horde primitive. Et cette séparation

27) C’est sans doute à cause de cette infinitude qu’Anaximandre posait des mondes innombrables, simultanés ou successifs: ARISTOTÉE, Phys. III 5 204 b 22: 8 208 a 8; AETius, I, 3, 3 (D. V. 2, 14); Ps-PLuT,., Str. (D. 579).

28) TANNERY suppose (p. 95) que l'infini d’Anaximandre n’est indéterminé qu’en qualité, parce qu’il est impossible de concevoir un mouvement de rotation à l'infini. Outre qu’il est imprudent de refuser une théorie à un auteur ancien parce qu’elle ne paraît pas logique, il semible qu’il y ait là une confusion entre l'infini et le kosmos. Il n’est pas sûr du tout que les deux choses soient identiques pour Anaximandre.

29) Cf. ARISTOTE, Phys. 1 4 187 a 20; Agrius, Il, 11, 5 (D. V. 2 17a; D. 340).

30) « Les contraires sont le chaud et le froid, le sec et l'humide » (SIMPLICIUS).

31) BURNET croit (p. 62) que cette séparation s’est faite par « des secousses et un criblage », un mouvement de ce genre étant décrit dans PLATON (Timée 52 c). C’est possible, mais rien ne l'établit d’une manière certaine.

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