‹ L'idée de justice: dans la conception de l'univers chez les premiers philosophes grecs: de Thalès à HéracliteChapitre 21 sur 53 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Le pythagorisme !) fut d’abord une doctrine de culture morale au sein d’une sorte de congrégation religieuse ?). Cette doctrine, issue probablement de l'or-

1) On sait combien il faut être prudent lorsqu'il s’agit de de situer le pythagorisme dans le temps. D’une part, comme pour toute doctrine vivante, bien des idées nouvelles s’y sont agrégées plus tard en se présentant comme anciennes et ont été par suite attribuées à Pythagore ou à ses premiers disciples. D’autre part ce que l’on trouve dans le néo-pythagorisme, témoigne en un certain sens de l’ancien.

Fort heureusement pour nous, cette question n’est vraiment délicate et obscure que pour les développements proprement scientifiques, que nous n’avons pas à étudier ici. Il semble aujourd’hui à peu près établi que le vieux pythagorisme du sixième siècle et de la première moitié du cinquième a été surtout une école de culture morale et religieuse. Ce qui présente ce caractère semble donc remonter jusque-là, en particulier la théorie sur le rôle de l’harmonie dans l’âme ou dans la cité, le rapprochement des idées morales avec les concep{tions physiques (Cf. DELATTE, Pol., p. 122). Quant à la théorie des nombres, en tant qu’elle est devenue une arithmétique ou une géométrie à proprement parler, il est téméraire de la faire remonter au delà du cinquième siècle. Mais le principe lui-même: les choses sont nombres, et la méthode qui consiste à définir par le moyen des nombres, paraissent très anciens. Du reste les Eléates sont fort probablement une secte détachée du pythagorisme et s’élevant contre ses doctrines, en particulier contre le pluralisme qui dérive de la théorie des nombres et contre sa physique. Ces doctrines leur sont donc antérieures. Cf. Rey, p. 189-191.

2) On n’y était admis qu'après une longue initiation, dont le but semble avoir été de rendre capable de recevoir un enseignement, Des conditions rigoureuses, secret, abstinences, pratiques quotidiennes, etc., étaient imposées. Cf. DELATTE, passtm, Rey, p. 407 sqq.: RoBin, p. 61 sqq.; ZelLer, p. 399 sqq. etc. Notons seulement que cette doctrine a évolué dans un sens plus

phisme et en tout cas de la renaissance religieuse qui s’est produite au sixième siècle, principalement en Grande Grèce *), s’est peu à peu transformée en théorie philosophique, mais par des procédés tout différents de ceux qu'avait employés la science ionienne.

Or nous pouvons constater, non sans quelque surprise, que de l’idée de Justice il est assez peu question. En revanche, il est vrai, une place importante est faite à une idée très connexe, l’idée de légalité, ainsi qu’à celle d'harmonie, qui servira, peut-on dire, de transition entre la doctrine morale et les théories proprement philosophiques. Enfin dans ces dernières nous retrouverons l’idée de Justice étudiée directement, mais, semble-t-il au premier abord, à titre d'exemple, et comme application de ce qui a été l'essentiel du pythagorisme, la théorie des nombres.

Dès les origines du pythagorisme, parmi les enseignements donnés aux disciples de Pythagore, une idée

revient très fréquemment: l’existence de lois non écrites, procédant de Dieu‘) et antérieures à tout droit hu-

scientifique, comme en témoigne la séparation de la secte des mathématiques par opposition à celle des acousmatiques, plus attachée aux primitives traditions de l’école.

3) Cf. DELATTE, Pol., p. 7; REY, p. 107, 115-116.

4) Sans doute l’expression « Dieu », au lieu de « les dieux » semble indiquer une date postérieure. Il n’en reste pas moins que cette idée de l’existence d’une loi divine source des lois bumaines (cf. JAMBLIQUE, V. P., 175; DELATTE, Pol., p. 122), ainsi que la distinction entre les lois écrites et les lois non écrites, remonte assez haut (cf. DELATTE, Pol., p. 79 sqq.). Nous la retrouvons en particulier dans le « De la loi » attribué à Archytas. En admettant même que l’idée se présente ici avec des précisions apportées plus ou moins tardivement, il semble que l’ancien Pythagorisme s’est attaché à ue conception de la loi morale identique aux volontés divines; et c’est là ce qu’il y a d’intéressant pour nous,

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