MÉTHODE SUIVIE
de ce qu'avait été l’idée de Justice dans la conception de l'Univers avant nos philosophes. Mais on entend bien qu’il ne peut être question d'étudier à fond et en détail ni la conception de l'Univers dans la pensée antéphilosophique, ni l’idée de Justice dans le monde grec. Notre étude veut porter directement sur les philosophes. Or, s’il est incontestable que ceux-ci ont subi plus ou moins l'influence de leur milieu social et religieux, il n’en est pas moins vrai que cette influence n’a eu que fort indirectement un caractère philosophique, précisément parce que ce qu’ils ont trouvé autour d’eux n’était pas à proprement parler d'ordre philosophique.
Par suite il nous suffira, croyons-nous, d’avoir une vue d’ensemble de la pensée hellénique au double point de vue Justice et Conception de l'Univers, pour nous rendre compte des matériaux qu’ils pouvaient utiliser et du dynamisme qui était en eux. Sans doute, comme nous ne pourrons avoir cette vue d'ensemble que par une esquisse rapide des résultats qui semblent le mieux acquis, nous nous placerons, pourra-t-on nous dire, sur un terrain quelque peu hypothétique, puisque ces résultats, nous les supposerons admis plutôt que nous n’en établirons la valeur. Il est vrai. Mais n’est-il pas permis, pour tenter une analyse dans le genre de celle que nous voulons faire, en ce qui concerne ce par quoi la question doit être abordée, de s’appuyver sur les résultats acquis par ailleurs pour pousser ensuite l’analyse dans un sens déterminé ?
Dans tous les cas ceci ne pourrait être et ne sera en fait qu'une introduction. Nous aborderons ensuite directement l’étude de nos philosophes eux-mêmes. Indiquons d’abord que nous n’aurons pas à les étudier tous. Parmi les premiers penseurs, certains n’ont absolument
rien dit — au moins d’après ce que nous en savons — sur l’idée de Justice. Il sera donc inutile de parler d’eux —— c’est-à-dire de Thalès, d’Anaximène et de Xénophane — autrement que par de rapides allusions. Il nous restera Anaximandre, les Pythagoriciens, Parménide et Héraclite. Nous nous bornerons à ceux-là. parce que dès ce dernier la pensée philosophique est définitivement consüituée et c’est la période de formation première que nous voulons examiner.
Mais ici une question plus délicate se pose. Comment les aborder? Puisque nous n’étudions en eux qu’un aspect particulier, faut-il aller d'emblée vers ce point pour y découvrir les ramifications par rapport au reste? Faut-il au contraire étudier d’abord l’ensemble de leur oeuvre pour aboutir progressivement à ce détail? |
D'une part il y aurait cet avantage que, nous plaçant tout de suite au coeur du sujet. nous verrions plus vite l'idée de Justice en elle-même et serions mieux en mesure d'y découvrir ce par quoi elle a été une acquisition capable de leur survivre et de contribuer aux développements ultérieurs. Mais nous risquerions de la voir moins exactement par rapport à la fonction qu’elle a exercée dans la pensée de l’auteur, de telle sorte que le procédé, si utile qu’il soit pour l’étude d’une notion prise en ellemême, pourrait nous détourner de la question telle que nous l’avons posée.
D’autre part, par contre, l'idée de Justice n’a pas été l’oeuvre de ces philosophes, mais le produit d’une pensée sociale et religieuse, et elle s’est présentée à eux sous une forme particulière, comme un donné avec lequel, bon gré mal gré, ils ont dû composer. Ils l’ont donc assimilée à leur doctrine plus qu’ils n’ont bâti celleci d’après elle: c’est l’idée de Justice qui est en fonction