LA JUSTICE, RÉALITÉ MORALE
le souligner, a quitté le point de vue évolutif et dynamique des cosmogonies et même de l'ionisme, en ce sens qu’il a négligé l’évolution des choses pour faire ressortir ce qu’il y avait de permanent en elles, à savoir le nombre. La Justice a donc été plus encore une réalité qu’une règle, et on l’a posée comme ayant une existence déterminée. On en est arrivé à mettre la spiritualité dans l'Intelligence, plus que dans la vie, après avoir fait le contraire. La « vague mystique » de l’orphisme, pour parler comme Bergson, s’est terminée dans le pythagorisme en une philosophie. ;
Or, celle-ci, par certains côtés, a été une théologie, en ce sens qu’elle a donné aux croyances mystiques un aspect rationnel leur permettant de s'intégrer dans leur conception générale du monde. Mais elle a été aussi, elle a été surtout une philosophie de leur religion, puisque cet objet religieux a été analysé et étudié en tant qu’objet plus qu’en tant que religieux. L'idée de Justice n’a pas été seulement une croyance à la justice, mais l’étude de ce à quoi correspondait cette croyance, philosophiquement, c’est-à-dire, puisqu'il s’agit du pythagorisme, numériquement parlant.
Seulement, comme on est arrivé à cette Idée par le moyen d’une croyance, le dualisme du sensible et de lintelligible dont nous parlions tout à l'heure, a pris ce caractère particulier que l’intelligible a été précisément le résultat, non de l’intellectualisation du sensible, mais plutôt de la mysticisation, si l’on peut ainsi parler, du réel, suivie de la réalisation du mystique. En d’autres termes, on n’est arrivé à l’idée de Justice que parce qu’on a cru d’abord en celle-ci et qu’en croyant on en a qu’on a cru d’abord en celle-ci et qu’en y croyant on en a créé l’idée.
Donc ce qui avait été un principe d’organisation de
la vie sociale et physique et que, plus ou moins implicitement, on avait adopté chez les Ioniens comme une méthode de pensée ou, si l’on préfère, comme une catégorie de la science, est maintenant un objet de pensée et un élément du monde, parce qu’on s’en est servi comme d’un principe de vie morale. La conception de l’univers s’est enrichie d’une nouvelle réalité. Le Pythagorisme a été plus qu’une science explicative: il a été une philosophie créatrice.
Que deviendra ce qu’il a créé lorsqu'une méthode purement rationnelle et dialectique s’en emparera ?