‹ L'idée de justice: dans la conception de l'univers chez les premiers philosophes grecs: de Thalès à HéracliteChapitre 34 sur 53 · L.. La décision à ce sujet est en ceci · texte numérisé non relu

L.. La décision à ce sujet est en ceci

Ii est ou il n’est pas. Il est donc décidé comme nécessaire de laisser l’une des routes sans lui donner ni pensée ni nom; (car pour vraie

cette route ne l’est pas) et de prendre l’autre comme existante et réelle.

Or cette nécessité et cette immutabilité de l'être, en un mot cette absoluité, c’est Dikè qui l’assure:

ni de naître, ni de mourir, ne permet la Justice, déliant ses chaînes, mais elle le tient.

un, continu; car quelle naissance lui chercheras-tu? ; : par où, de quoi aurait-il grandi? Du non étant je ne te laisserai dire ni penser: car on ne peut dire ni penser

comment il n'est pas. Quelle nécessité l'eût poussé

plus tard ow plus tôt, commençant de rien, à naître?

14) Fr. 8, v. 11.

Ainsi, alors que la Dikèë dans Anaximandre ame-

nait les êtres à leur dissolution, elle a maintenant pour rôle de tenir fortement ce qui est dans l’être, pour que rien ne puisse changer. Elle n’est pas une règle à laquelle on doit se conformer; elle est la Nécessité rigoureuse — les chaînes — de l'être, le principe immuable et absolu suivant lequel ce qui est ne peut pas ne pas ‘ être:

Ainsi il reste immuable en sa place, car la puissante Nécessité le tient dans les liens de la limite et l’enferme de toutes parts 16).

C'est en somme le sens primitif de dikè que nous retrouvons ici, mais il s'y ajoute un caractère légaliste, peut-on dire, puisque le poète présente comme une loi de l’'Etre d’être absolument. Et toutes les autres caractéristiques de l’être appartiennent à cette Justice-Nécessité: parfaite homogénéité: ce que l’on est, on l’est tout entier; il n’y a pas ici du plus et là du moins: on ne pourrait plus dire il est; nulle solution de continuité: il est tout entier plein de son être, etc. 16).

Notons enfin que cette Justice, déjà identifiée à la Nécessité, l’est également au Destin 17):

Rien n’est ni ne sera autre chose en dehors de l’être, puisque le Destin l’a enchaîné pour qu'il soit entier et immuable; par là tout est mots dans ce que les mortels ont établi, y voyant la vérité:

naître et mourir, être et ne pas être, changer de lieu et par la couleur varier d’éclat.

15) Fr. 8, v. 30-31.

16) Fr. 8, v. 22-29:

Il n’est pas non plus divisible, puisqu'il est tout entier semblable. I n'y a nulle part un plus brisant sa continuité, ni un moins. Il est tout entier plein de ce qui est, et par. là tout entier continu: ce qui est touche à ce qui est. D’autre part, immobile, dans les liens de grandes chaînes, il est sans commencement ni fin, puisque naissance et mort sont écartées très loin, repoussées par la vraie croyance. Demeurant le même dans le même, en lui-même il est situé. 17) Fr. 8, v. 36-41.

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