LE DEVENIR
intrinsèque: au lieu que l'injustice soit dans Ja formation des contraires et que la loi du monde soit la compensation de cette injustice, c’est la formation qui est Ja loi, parce que les contraires, au lieu de s'opposer, s’harmonisent.
Seulement, alors que Parménide avait exclu la pluralité et le mouvement comme non conformes à la rigueur de sa Dike telle qu’il la concevait, Héraclite au contraire cherche à comprendre cette Dikè de facon à pouvoir inclure le fait du mouvement dans son Logos: au lieu de considérer l'être comme immobile, parce qu'il doit être un, puisque l'être n’est pas immobile, c’est que l'unité est ailleurs et donc dans la continuité de ce mousement #6). Le point de vue temporel est ainsi substitué, tout au moins ajouté — car notre penseur ne semble pas avoir été si précis — au point de vue spatial: les choses sont à la fois ce qu’elles sont et leurs contraires, non pas parce qu’elles procèdent d’un même principe, mais parce qu’en évoluant, elles se conditionnent réciproquement. Héraclite, pour expliquer la multiplicité, à laquelle s'était heurté Parménide. quitte le point de vue trop exclusif de l’être pour celui du devenir, dont il fait le trait d’union entre l’un et le multiple 7). Et ce faisant.
36) C’est du reste parce ave unité est dans le mouvement awon ne peut la saisir que par le travail et activité. <-Pour ceux aui travaillent le monde est unique et commnn, mois cenx qui dorment le tournent chacnn à sa nronre manière > (fr, 89). sins doute parce auw’alors on ne voit que Vaspect des choses dans lequel on s’est fixé.
37) On peut mentionner ici les fragments suivants:
62: « Les immortels sont mortels, les mortels immortels, vivant la mort des uns, mouront la vie des Oufres »;
76: « Le feu vit la mort de loir et l'air vit la mort du feu; l'eau vit la mort de la terre et la terre celle de Veau. La mort du feu est la naissance de Vair et la mort de l'air lu naissance de l’eau. — La mort de la terre produit leon, la mort de l’eau produit l'air, celle de l'air produit le feu et ainsi de suite >»;
il reste fidèle au principe qu’il y a dans les choses une Diké. Bien plus, il en assure davantage la réalité.
Mais il y a dans ce devenir quelque chose de plus, à savoir que, dans le flux des choses, la proportion ou la mesure observée est toujours la même:
Tout est échange de feu et le feu est un échange de tout, comme les marchandises le sont pour l’or et l’or pour les marchandises 88),
Ce monde, le même pour tous, aucun des dieux ni des hommes ne l’a fait; mais il a toujours été, il est et il sera toujours un feu éternellement vivant, qui s’allume avec mesure et s'éteint avec mesure 31).
Or ceci rappelle d’abord la théorie pythagoricienne expliquant les choses par les nombres. Seulement Héraclite l'utilise, non pas pour dessiner la forme des êtres, mais pour mesurer leur évolution, de telle sorte qu’il précise le principe d’Anaximandre en remplaçant la Justice, encore quelque peu mythologique, par une idée de proportion constante, principe beaucoup plus scientifique.
D'autre part il semble se référer presque directement à Parménide, lorsqu'il dit:
Le soleil ne dépassera jamais ses mesures. Sinon les Erynies, ministre de la Justice, se trouveraient sur son chemin 40),
fragment qui témoigne directement en faveur de la Jusice comprise comme la régularité des mouvements cosmiques, et qui montre en outre qu'il y a « affinité étroite » 1) entre la Justice et cette mesure. Ainsi, de même que dans Parménide, la Justice « tient l’être dans
77: « Pour les ames, c’est plaisir ou mort de devenir humides {Car le pläisir est pour elles d'entrer dans la vie. Et yülleurs il diD: Nous vivons leur mort et elles vivent notre mort ».
38) Fr, 90.
39) Fr. 30. Cf. ZELLER, p. 865, °n.-1.
EAU) nl LS (Or 41) Rey, p. 337.