‹ L'idée de justice: dans la conception de l'univers chez les premiers philosophes grecs: de Thalès à HéracliteChapitre 6 sur 53 · LA MYTHOLOGIE · texte numérisé non relu

LA MYTHOLOGIE

temps leur personnalité s’est mieux dessinée: il en est sorti la mythologie, dont du reste notre Thémis, pourtant divinité chthonienne à son origine, a fait partie au même titre que eus au Athéna.

Il y a donc eu dans cette mythologie une conception générale du monde, d’après laquelle le caractère essentiel de ce dernier était l’ordre et la régularité qui doivent exister dans une société bien organisée. Pour nous en tenir à quelques exemples, Athèna a été l’expression de la sagesse pratique 8) par laquelle chacun sait se mettre à sa place, sagesse qui apporte dans la vie et une force plus grande et une meilleure intelligence *) ; Zeus a représenté l’immutabilité que l’on avait remarquée dans le cours des astres, en même temps que l’autorité qui doit être au principe de toute société 1°), autorité qui du reste dérive elle-même d’une loi suprême, le Destin; Apollon enfin a été la réalisation, au moyen des oracles, de l’esprit de « mesure », ennemi de toute supériorité éclatante comme de tout déséquilibre social 11). Bref, les choses doivent être et rester ce qu’elles sont et tout essai de les modifier, fût-ce en les améliorant par une habileté technique comme celle qu’évoque la figure d’un Prométhée, est suspect d’impiété, donc d’injustice. Et ceci nous fait entrevoir déjà vers quelle conception de la justice l’esprit grec se dirige.

8) Elle n’a été en effet une divinité guerrière que parce qu’elle avait été d’abord la déesse de la cité et de la cité civilisée, s’opposant à Arès précisément en cela, puisque ce dernier était le dieu de la lutte sauvage.

9) Elle concentre en elle les sentiments qu’un citoyen doit avoir pour sa patrie; c’est pourquoi on ne trouve rien de sauvage en son culte, mais au contraire un souci de pureté rituelle qui n’est autre que le désir de maintenir les forces de l'Etat. Cf. FARNELL, p. 260 et sqq.

10) Il est celui qui surveille les serments, celui qui voit tout, celui qui protège les étrangers. etc. Cf. FARNELL, I, p. 70 sqq.

11) Cf. GERNET, Génie, p. 188.

Ajoutons qu'avec l'entrée de Dionysos dans le panthéon grec une nouvelle tendance s'est fait jour et a été le principe d’une autre forme de société: au lieu de se soumettre aux règles, on s’est mis à exalter ces forces, et par suite, au lieu de vivre surtout dans l’espace, en s’efforçant de rester là où l’on était et tel que l’on était, 6n a voulu vivre dans le temps,en cherchant à augmenter et à prolonger sa propre vitalité. Seulement l'esprit de cet orgiastisme #), par sa rencontre avec le souci de purification des religions égéo-crétoises et de l’olympianisme, se transformera en une mystique ascétique, telle que nous la verrons se manifester dans l’orphisme et plus tard dans le pythagorisme. Dès l’origine donc la pensée se trouve orientée dans des directions tout à fait divergentes.

Du reste ce nouvel esprit — ou plutôt ce renouveau de l’ancien esprit des religions chthoniennes #) — n'a pas été étranger, tant s’en faut à une manifestation de la pensée grecque, très différente de la mythologie et non moins importante, les cosmogonies 1). Elles aussi répon-

12) Mais, elors que Zeus représentait l’autorité de l’ordre social, Apollon a été plutôt celui qui en enseignait la religion, puisqu'il rendait des oracles. Il est devenu en même temps le type et le centre de la vie intellectuelle, parce qu’il représentait linspiration poétique.

13) [ ne faut pas oublier que l’orgiastisme, en pénétrant en Grèce, a pris un fout autre caractère, se produisant, non par la boisson, mais par la musique. C’est pourquoi l’influence de ce culte fut de prem'ère importance pour les destinées de la pensée grecque.

14) Cf, GERNET, Génie, p. 117.

15) Hésiode met au principe de tout le Chaos, c’est-à-dire le Vide où rien n'est et le Tout où rien n’a de forme déterminée (Cf. O. GILBERT, Religionsphilosophie, p. 6; Rivaup, p. 33), la Terre stérile à cause du Chaos: il n’y a vie que là où il y a orgauisation, ei enfin Eros, « vainqueur des dieux et des hommes » aue l’on retrcuve dans toutes les cosmogonies, Puis viennent les premiers êtres et toute la génération des personnages mythologiques, à côté desquels le poète ajoute des abstractions person-

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