‹ L'idée de justice: dans la conception de l'univers chez les premiers philosophes grecs: de Thalès à HéracliteChapitre 8 sur 53 · THÉMIS · texte numérisé non relu

THÉMIS

tage du monde, il y a eu le sentiment d’être dominé et impuissant, amenant le besoin d’agir sur ce qui dominait pour s’emparer de sa puissance. Ainsi le monde a été pour le Grec à la fois un maître dont il était l'esclave et une force qu’il voulait conquérir. Tout naturellement il en résultera des conceptions très diverses de la justice, suivant qu'il verra surtout la répartition des choses ou surtout sa propre action au sein de leur évolution.

Cette indication très générale une fois posée, venonsen maintenant à ce qui concerne la Justice et d’abord à son aspect mythologique, soit sous sa forme Thémis, soit sous celle de Dike.

Il semble bien acquis aujourd’hui que la déesse Thémis a appartenu d'abord au groupe des divinités chthoniennes. Tout nous l’indique: sa généalogie: elle est fille d’Ouranos et de Gaia !$#) et parfois même identifiée avec cette dernière 1°); son culte: on l’a honorée un peu partout en Grèce, mais particulièrement à Delphes 2), et presque partout son culte?1) a été associé avec celui de Gè; enfin et surtout ses fonctions: elle a été une déesse à oracles 2), avec ceci de particulier que

18) HESs1ODE, Th. 135; Sopx. El. 1060. Cf. RoscHER, col. 572. DT2 19) Cf. RosSCHER, col. 583. Escx. Prom. 209.

20) RosCHER, col. 585 sqq.

21) On trouve ce culte à Olympie (avec un caractère oraculaire), en Thessalie (où Thémis a donné son nom au mois Themistios), en Macédoine, à Ichnée (associé à celui d’Apollon), en Béotie (sanctuaires à Thèbes, à Tanagra, à Leuctres), en Attique, à Rhamnonte (le petit temple semble avoir été consacré à la fois à Thémis, et à Némésis; c’est là que se trouve une statue monumentale de Thémis, datant du troisième siècle), à Trézène, à Athènes, etc. Cf. RosCHER, col. 585-597.

22) On la représente du reste assise sur un trépied et donnant un oracle à Egée. Cf. RosCHER, col. 579.

ses oracles semblent avoir été aussi bien et même plutôt des conseils ou des décisions #) que des prédictions à proprement parler.

Par suite on peut dire que son rôle a été celui d’une sorte de directrice de la vie. Même du temps des divinités chthoniennes, on a eu l’impression que certaines manières de faire étaient justes, que d’autres ne l'étaient pas. Seulement ce mot juste ne se rapporte pas ici à l'obligation de rendre à chacun ce qui lui est dû. Il s’agirait plutôt de convenance que de justice: est juste ce qu’il convient de faire, pour obtenir le but désiré ou pour se conduire comme il faut. Mais cette justice est bien moins physique que sociale: elle se rapporte précisément à ce que nous avons noté de social dans les religions chthoniennes, à savoir lesprit tribal qui accompagnait le culte des forces de la nature. Il s'agissait donc surtout des rites et coutumes 2) qu’exigeait la société, mais en tant que celle-ci était une force ou, si l’on veut, une âme, non en tant qu’elle était une organisation. C’est pour cela qu’on a pu dire #) de Thémis qu’elle était la personnification du principe religieux, les règles de conduite au sein de la société ayant presque toutes un caractère religieux plutôt que moral.

Il est à penser que c'est à ce caractère social que Thémis doit d’avoir eu très tôt une place importante dans le panthéon olympien, représentant ainsi ce qui restait, dans la religion de Zeus, des religions chthoniennes. On

23) Cf. HiRzEL, p. 18 sqq. — Les principales références à citer sont ici Il. 1, 238; 9, 99: 16, 386; 11, 778; Od. 16, 402; 9, 114; 11, 569; HESs. Theog. 84.

24) Ce qu’on appelle précisément les fhémistes. Cf. HARRISON, Themis, 2 483. Le mot fhémis a encore le sens de tradition dans 1. 72; 9, 134; 11, 778: 23, 579; Od. 3, 43; 14, 56, 130: HES Tr, “37. etc.

25) Ibid., p. 387.

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