LUTTE
jusque-là peu dangereuse, et les dépositaires de l’autorité publique se prêtèrent volontiers au rôle qu'on voulait leur faire jouer.On vit alors, en plus d'un lieu, les hommes qui prêchaient dans les églises la doctrine traditionnelle, toujours officiellement reçue dans ces églises, poursuivis comme de dangereux perturbateurs par les pouvoirs publics.
De là naquit chez plusieurs, une pensée que n'’avaient pas connue ceux qui les avaient précédés dans la foi. Ils se demandèrent si les pères avaient été bien inspirés au temps de la Réformation en reconnaissant au pouvoir civil une part dans le gouvernement de l'Eglise, si les enfants ne payaient pas trop cher le service que les ancêtres avaient tiré de cette alliance, si la fidélité n’obligeait pas à dénoncer un pacte devenu nuisible à l'Evangile, Ces questions se posèrent alors à beaucoup de croyants, et, parmi eux, quelques-uns conclurent en faveur d'une séparation d'avec un Etat, qui avait déserté son rôle de protecteur de la foi pour prendre celui de persécuteur.
Lorsqu'on étudie la genèse de ce problème de la Séparation, il y a là un fait qu'il faut se rappeler si l'on veut éviter d’être injuste. Pour ceux qui ont pris la tête du mouvement il y a un demi-siècle, leur point de départ et leur premier mobile a été la fidélité à la foi. Lorsque nous voulons apprécier ce qu'ils ont fait, il ne serait pas équitable de nous laisser dominer par le plus ou moins de sympathie que peut nous inspirer la dissidence actuelle. Il faut nous souvenir que beaucoup des hommes qui sont sortis alors des cadres officiels ne l'ont fait que
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par fidélité à l'Evangile et à leur conscience. Nous pouvons croire qu'ils se sont trompés, qu'ils auraient mieux servi l'Evangile en restant dans l’'Eglise; nous n’en avons pas moins le devoir de ne parler d'eux qu'avec respect et sympathie. De plus, il faut nous souvenir que leur œuvre n’a pas été perdue; en mainte occasion, elle est devenue une bénédiction pour les grandes églises elles-mêmes. La vie, conservée dans ces petits groupes séparés, a plus d’une fois rayonné de là sur les corps ecclésiastiques anciens et a ranimé la foi évangélique dans leur sein.
Seulement on doit se rappeler en même temps que cette action bénie de quelques églises libres, elles l’ont exercée non parce qu’elles étaient séparées de l'Etat, mais parce qu’elles étaient croyantes. Les services qu'elles ont rendus leur donnent droit à notre reconnaissance, mais ils ne constituent pas un motif déterminant pour accepter purement et simplement leurs théories ecclésiastiques. Nous reconnaissons volontiers qu’à un moment donné la séparation de l'Eglise et de l'Etat a permis dans certains lieux la libre prédication de l'Evangile qui paraissait impossible sans cela. Mais nous nous refusons à aller plus loin et à proclamer que la séparation est un principe et que l'union est, comme le soutiennent quelques -uns de ses partisans, une infidélité et une sorte d’adultère. Le fait qu’en un certain temps et dans certaines circonstances la séparation a pu faire du bien laisse entière la question du principe, et c’est avec une pleine liberté que nous devons l’examiner.