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à des règles fixes dans les choses extérieures. Ce n’est pas à un saint esclavage qu'il a appelé l'Eglise et les fidèles, mais à une sainte liberté. Appelée à exercer son action sur le monde au milieu des circonstances changeantes de la vie de l'humanité, elle n’est liée que quant au contenu du message du salut, quant à la doctrine, mais elle est libre dans toutes les choses extérieures, où la fidélité consiste non pas à faire toujours la même chose, mais à faire toujours ce qui, étant données les circonstances, assure à l’administration des moyens de grâce leur épanouissement le plus complet.
C'est donc en vain que nous demanderions à l'Ecriture ce que l’on pourrait appeler une solution normale du problème.
A défaut d'enseignements directs, peut-on en découvrir d'indirects ? Il faut confesser que celui qui s'applique à reconnaitre la doctrine biblique de l'Eglise se trouve d’abord assez embarrassé; car il est en présence de deux séries d’affirmations parallèles qu’il ne lui semble pas facile de concilier. D'une part, ce que l’on peut appeler les affirmations théoriques sur l'Eglise relèvent en elle des attributs qui nous la font voir corps de Christ parfait comme le Seigneur qui en est le Chef, une, parfaitement sainte et pure de tout mélange avec le péché. D'autre part la vue que nombre de passages du livre des Actes et des Epîtres nous ouvrent sur l’état empirique des communautés apostoliques , nous montre l'Eglise bien éloignée d’être dans sa manifestation cette épouse de Christ, irréprochable et sans tache dont nous parlait la première série de passages.
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Comment rétablir l'harmonie entre ces deux courants ? Doit-on considérer ce qui nons est dit de la sainteté et de la pureté de l'Eglise comme un idéal sans réalité actuelle, placé devant les yeux de l'Eglise empirique comme un but vers lequel elle doit tendre, mais qu'elle n’atteint pas ? Cette explication a souvent été donnée et mainte secte l’a placée à la base de son activité séparatiste. Une étude attentive ne tarde pas à découvrir la fausseté radicale d’un tel point de vue. L'Eglise sainte, dont parle les Apôtres, est bien une réalité parfaitement présente et existante, et la solution de la difficulté se trouve dans une parabole du Seigneur à laquelle il faut toujours revenir pour éclairer la doctrine de l'Eglise, la parabole du grand filet jeté dans la mer qui ramasse toutes sortes de choses (Matth., XIII, 47-50). Les éléments saints sont bien dans le filet ; mais ils n’y sont pas seuls, et les pêcheurs ont ramené sur le rivage un mélange de choses précieuses et de choses sans valeur. La présence de ces dernières n’ôte pas leur valeur aux premières. De même la présence d'éléments impurs dans les cadres de l'Eglise n’enlève à celle-ci rien de sa réalité et de son prix. Sans doute il y a lieu à un triage pour rejeter ce qui est souillé, et ce triage se fera au temps que le Seigneur a marqué. Mais l'Eglise sainte et pure est présente dans cette Eglise impure et infidèle dont les misères et les hontes affligent notre regard.
Alaguerre le soldatne peut vaincrel’ennemi qu’en entrant en contact avec lui; de même l'Eglise militante ne peut s'acquitter de sa mission conquérante
qu’en entrant en rapports avec le monde. Les souillures que l’on voit sur le corps de l'Eglise ne sont certes pas voulues de Dieu. Mais ce qui est voulu pour l’accomplissement de son dessein de miséricorde, c'est que l'Eglise ne cesse pas d’être le corps saint du Sauveur, parce qu'elle est placée sur la terre dans une position telle que les souillures peuvent l’atteindre. La sainteté de l'Eglise ne dépend pas de la sainteté individuelle de tous ses membres, ni même de la sainteté de ses conducteurs et des autorités préposées à sa direction, mais uniquement de la présence dans son sein du trésor divin dont elle a la garde et l'administration.
Que résulte-t-il donc pour notre étude des enseignements bibliques ? C’est bien évidemment que l'Eglise est libre d'adopter la solution qu'elle estime la plus favorable à l’accomplisssement de sa tâche. Dieu n’a pas voulu la soustraire au contact du monde, et il est impossible de découvrir comment l'union avec l'Etat souillerait davantage l'Eglise que tout autre contact avec ce qui n’est pas elle. Il n’y a donc aucune infidélité aux enseignements bibliques dans l'union de l'Eglise avec l'Etat, Mais d'autre part cette union n’a pas de valeur par ellemême. Le seul souci que doive avoir l'Eglise, c'est celui de l’administration des moyens de grâce. Il peut se présenter telle situation où l'union avec l'Etat fait obstacle à cette administration; alors la séparation devient un devoir. Il y a des cas bien plus nombreux, croyons-nous, où la reconnaissance de l'Eglise par les pouvoirs publics est au contraire uhe force pour l'Evangile, et c’est alors l'union avec l'Etat qui devient un devoir.
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La notion d’Eglise, telle qu'elle s’est développée dans la suite des temps sur le fondement biblique ne nous contraint pas plus que l'Ecriture à adopter dans la question de l’union ou de la séparation une solution absolue. La Réformation réagit énergiquement contre les abus du catholicisme qui avait tendu de plus en plus à confondre l'Eglise et le monde. Elle protesta contre l’envahissement de l'Eglise par le monde, ses préoccupations et ses intérêts. Elle relève plus décidément que ne l'a fait aucune autre époque le caractère spirituel de l'Eglise. Il semblerait donc au premier abord que cette période plus qu'aucune autre aurait dû se prononcer en faveur de la doctrine dela séparation et traiter d’intolérable usurpation toute intervention du pouvoir temporel dans les affaires de l'Eglise. On sait que c’est juste le contraire qui s’est produit et que loin de penser à dénouer les liens qui rattachaient l'Eglise à la puissance séculière, les Réformateurs ont travaillé partout où les circonstances l'ont permis, à les resserrer davantage et à ouvrir la porte la plus large à l'intervention de l'Etat. Pourquoi cela? C’est que pour eux la chose essentielle de l'Eglise c’est la doctrine; les institutions extérieures leur semblent absolument secondaires.
Ce point de vue trouve une expression admirable de précision dans les articles 7 et 8 dela Confession d'Augsbourg.cEst autemecclesia congregatio sanctorum,in qua evangelium recte docetur et recte administrantur sacramenta » (art. 7). Voilà la définition brève et complète à la fois. Voici maintenant la
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conséquence qui renferme le principe directeur de leur attitude dans notre question: « Et ad veram unitatem ecclesiae satis est consentire de doctrinia evangelu et administratione sacramentorum. Nec necesse est ubique esse similes traditiones human«s, seu rilus aut ceremonias ab hominibus instiltutas. » Art.7. Pourvu quela doctrine soitpréchéefidèlement et les sacrements correctement administrés, l'Eglise se meut avec une pleine liberté dans tout ce qui concerne les traditions, rites, cérémonies humaines, ‘au nombre desquels il convient aussi de ranger ce qui regarde le gouvernement extérieur du corps ecclésiastique. Et cette Eglise, sainte en tant qu’elle est la dépositaire fidèle de la doctrine et des sacrements, la Confession d’Augsbourg sait bien qu'elle n’est pas pure dans tous ses membres, ni même dans tous ses ministres. Gomme les Apôtres, elle est obligée de constater comme un fait la présence de membres indignes dans le corps de l'Eglise: le filet a ramené des choses bonnes et des choses mauvaises. Mais que les fidèle timorés se rassurent; les dons de la miséricorde de Dieu n’en sont pas moins efficaces pour passer par un canal impur et souillé! « Quanquaim ecclesia proprie sit congregalio sactorum et vere credentium, lamen quum in hac vita mulii hypocritae et mali admixti sint, licet uli sacramentis , quae per malos administrantur , juxta vocem Christi: Sedent scribae et pharisaei in cathedra Moysis, etc. Et sacramenta et verbum et propter ordinationem et mandatum Christi sunt efficacia, etiamsi per malos exibantur (art. 8).
Puisque, même dans les choses les plus sacrées,
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l'Esprit de Dieu exerce son action bénie en dépit des pires souillures, combien plus doit-on dire que son œuvre n'est pas arrêtée par des arrangements et des combinaisons purement extérieurs! Puisque l'Eglise peut supporter le mal dans son sein sans cesser d’être l'Eglise, à combien plus forte raison lui est-il possible de se mettre en contact avec une puissance extérieure qui, grâce à Dieu, n’est pas toujours et nécessairement une puissance du mal. C’est pourquoi les Réformateurs se sont considérés, à bon droit, comme absolument libres de régler les rapports de l'Eglise avec le pouvoir civil de la manière qu'ils ont jugée le plus favorable aux intérêts de l'Evangile, et, nous, leurs enfants nous sommes les héritiers de la liberté que l'Evangile leur a rendue.
Qu'on ne nous dise pas qu’il y a incompatibilité entre la société religieuse et la société civile. Si toutes deux font partie avec des fonctions différentes de l’ordre voulu de Dieu, elles ont toutes deux leur rôle à jouer dans le grand concert de la vie du monde, et pour qu’elles puissent le faire, il faut qu’elles se connaissent. Nous ne disons pas, il faut qu’elles s'unissent; nous disons simplement rien dans la nature ni de l’une ni de l’autre ne leur interdit cette forme de rapprochement.
Décider ce qui est préférable et d’une manière générale, et dans un cas particulier, est donc affaire de la liberté chrétienne. La seule règle qu’elle doive s'imposer, c’est de donner la préférence à la solution qu'elle juge la plus favorable à l'accomplissement de la mission de l'Eglise. C'est d'après les cir-
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constances seules qu’elle doit se décider. Car aucun principe absolu ne domine la question et n’impose le choix d'un des deux partis de préférence à l’autre. Les séparatistes semblent en convenir: Sous la nouvelle alliance, dit M. Monsell, les formes ne sont pas d'institution divine, elles suivent les phases de la vie intérieure.