‹ L'idée de l'Église: Dans ses rapports avec l'ÉtatChapitre 9 sur 12 · SE · texte numérisé non relu

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qu'en contribuant essentiellement au maintien de l’ordre et de la paix publics, ils rendent service même aux Citoyens qui ne les professent pas. Mais, dit-on, c'est une chaîne dorée par laquelle l'Etat tient l'Eglise attachée, et la met dans sa dépendance. Nous confessons que cela peut être le cas quelquefois ; il nous semble cependant que cela est fort rare. En général, puisque l'indépendance absolue est impossible, la chaine est bien moins lourde, lorsque l’on dépendra de tous que de quelques-uns, comme cela a lieu trop souvent dans les groupes ecclésiastiques qui attendent toutes leurs

- ressources de la libéralité de leurs membres les

plus fortunés. La trop grande richesse a des périls pour l'Eglise; mais il est bon que l'indispensable lui soit assuré, et, à ce point de vue que, là où n'existent pas de biens d’'Eglise, une dotation suffisante garantisse cet indispensable. Si la ferveur religieuse se soutenait toujours, peut-être cette nécessité serait-elle moins urgente; mais l’histoire montre qu'il y a pour les églises des temps de mort spirituelle. Pour un groupe dont le lendemain n’est pas assuré, ces périodes de langueur peuvent entrainer sa disparition définitive. Les Eglises établies traversent au contraire ces mauvais moments; elles végètent misérablement, nous le voulons bien, mais enfin elles subsistent et les cadres sont tout prêts pour le jour où un nouvel afflux de vie divine vient les ranimer.

Dans l’état troublé de nos sociétés, il convient aussi de ne pas compter pour rien les garanties de sécurité extérieure que donne à une Eglise son

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union avec l'Etat. Plus d’un exemple de honteuse intolérance a montré de nos jours encore Ce que peuvent se permettre les passions populaires déchainées contre un groupe dissident.

Mais nous avons hâte de quitter l'énumération de ces avantages extérieurs pour passer à quelque chose de plus spirituel, pour donner la véritable raison qui nous détermine à accorder presque toujours la préférence à l'union de l'Eglise avec l'Etat.

L'Evangile est placé dans le monde comme le levain qui doit faire lever toute la pâte. Il importe beaucoup à l’accomplissement de sa tâche de ne pas séparer l'Eglise, détentrice des grâces de l'Evangile, du monde sur lequel ces grâces doivent exercer leur action. Dans les contrées païennes, il faut bien que l'Eglise se présente au monde comme quelque chose qui lui est extérieur, que les païens qu'elle évangélise se sentent d’abord étrangers à elle et aient à faire effort pour y entrer. Mais ce n'est nullement là un privilège. Quelque éloignées de l'Evangile que soit trop souvent les masses parmi nous, elles ont cependant cet immense privilège d’être chez elles dans l'Eglise de leurs pères, dans laquelle ellesont été reçues par le sacrement du baptème. Et pour quiconque croit à lagrâce conférée par le sacrement cela change absolument le caractère de toute l’action d’'évangélisation, de mission intérieure à exercer sur elles.

Mais ceux mêmes qui n'admettent pas la réalité de la grâce baptismale ne doivent-ils pas sentir la différence qu’il y a à agir sur des étrangers ou sur des enfants de la maison ? Ne voient-ils pas que ramener et amener sont deux choses fort diffé-

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