Le mouvement des esprits qui inspira la
Révolution, les systèmes des philosophes et des économistes, étaient en absolue opposition avec les idées de Pothier ; ce furent le sentiment du respect de la personne humaine et le culte fanatique de la liberté qui dominèrent celte époque.
Il fallait s'attendre à voir la Révolution supprimer la rescision pour cause de lésion. L’abstention du pouvoir social en face des conventions faites par la personne capable n’est qu’une application de la règle générale qui veut que le législateur se borne à faire exécuter les contrats en laissant aux individus le soin de débattre leurs intérêts. L'Etat ne peut prétendre au rôle de tuteur; du jeu des diverses activités humaines, du choc des intérêts en lutte sortira l’ordre le meilleur, tandis que l’ingérence de l'Etat ne peut qu’occasionner du trouble et de la gêne.
D'autre part, Montesquieu avait dit: « C’est la concurrence qui met un juste prix aux marchandises », et avec les idées économiques régnantes, on était peu porté à avoir égard à’la lésion d’une des parties dans un contrat.
Pourtant, malgré toutes ces raisons, l’action en rescision se serait peut-être maintenue si des événements particuliers n'avaient attiré sur elle l’attention des législateurs. L'occasion du changement fut l'adoption du système des assignats qui servit en France à procurer à l'Etat des ressources suffisantes pour pourvoir à la défense nationale et remédier au déficit que la mauvaise administration des finances sous l’ancien régime avait produit. Ce système reposait théoriquement sur une idée mise en pratique en Angleterre en 1696, et que Law développa dans la suite. L'innovation consistait
dans la création d'une valeur fiduciaire de circulation, convertible en espèces, et dont le remboursement était garanti par les biens confisqués dont l’aliénation avait été décidée par l’Assemblée nationale, le 19-21 décembre