Quel sera donc le véritable caratère du prix
D'après l'explication la plus généralement suivie, il faut voir avant tout dans la vente un échange d’obligations. Le prix est l’objet de l'obligation de l’acheteur, comme la chose est l’objet de l’obligation du vendeur.
En donnant à ces notions une portée plus généraie, vérifions l'exactitude de cette idée que nous avons trouvée exprimée dans le système de Pothier et dans celui du droit civil : dans un contrat commutatif, les prestations fournies par chaque partie doivent être équivalentes. Sommes-nous en présence d'une règle d'équité qu’il faut appliquer à la lettre ou d’une vérité économique? La vie de chaque jour, le texte même que nous étudions nous démontrent le contraire. La fixation d’un taux au-dessus duquel l’action en lésion est accordée nous indique clairement qu’au-dessous de cette limite la loi permet l’inéquivalence des prestations. D'autre part, le qualificatif « intéressé » qui désigne les contrats dont nous nous occupons, n’exprime-t-il pas que chaque partie recherchera un avantage et attendra une utilité plus grande de ce qu’elle recoit que de ce qu’elle donne? En sorte que nous pourrons prendre le contre-pied absolu de cette théorie et dire que dans ces contrats l’inéquivalence des prestations est la règle.
72. — Dès que nous sommes en dehors des contrats dits de bienfaisance, où l'intention de rendre service est le mobile initial, la cause même du contrat, nous ne pouvons imaginer que deux individus fassent naître des obligations à la charge de l’un et de l’autre, s’ils ne sont pas poussés par l'espérance d’un bénéfice. Deux situations sont seules concevables : À agit dans l'intérêt de B, ou À agit dans son propre intérêt. Si je suis propriétaire d’un objet et que l’on me propose de l’échanger contre un autre objet identique à celui qui m'appartient, semblable en toutes ses parties, en admettant que cette proposition puisse m'être faite, je la repousserai. Il faut à l’activité humaine une cause, une impulsion. Ce seront des mouvements généreux ou des satisfactions égoïstes qui la mettront en mouvement ; l'indifférence correspond à un état d'inertie.
Il nous paraît donc certain dès maintenant, puisque nous laissons de côté les actes juridiques faits dans le but de rendre service à un tiers, que la seule raison d’être des contrats est l’attente d’un avantage quelconque, certain ou incertain, déterminé ou indéterminé, proche ou éloigné, minime ou considérable, mais toujours d’un avantage.
Pour les parties tout au moins & y a équivalence dans les prestations. Recherchons s’il y a, à côté de leur appréciation, une base fixe qui aide à contrôler leur estimation et à mesurer les valeurs fournies, Si nous ne rencontrons pas cet étalon qui nous permette de ramener à une même unité les choses ou les services, objets des contrats, il nous sera impos- Sible de les comparer et de constater ce défaut d’équilibre dont on veut faire le principe de la lésion. Nous
verrons ensulle s'il en est ainsi dans les seuls contrats commutatifs ou s’il y a lieu de faire valoir les mêmes arguments dansles contrats aléatoires.