Et tout d’abord fixons le sens du mot valeur
Les services et les richesses sont les deux manifestations générales de l’activité économique : cette distinction est basée sur la matérialité ou la non matérialité des résultats du travail qui, dans le premier cas, a pour objet de rendre utiles les choses matérielles et, dans le second, d'accomplir des actions utilés qui ne supposent pas une modification de la matière. Tandis qüé les économistes imaginent trois instruments de la production : la terre, le capital, le travail, nous ne voyons qu'un agent véritable, unique et pas seulement prédominant, l’homme, qui soumet les forces paturellés à üne règle, leur impose un but, les rend fécondes en effets avantageux.
L'homme crée jusqu’à la terre qu'il défriche, cultive et ensemence, et transformée en instrument de production. Il ne crée pas la matière — d’une façon générale, il lui est impossible de créer de cette manière — mais en appliquant son esprit aux choses sous la forme d'idées ingénieuses, de combinaisons scientifiques, d'observations empiriques, il la féconde, et par cet emploi de ses forces intellectuelles et physiques, par son travail, 1l crée le capital, qui ést toute force ou matièré dont homme s’est emparé et qu’il dirige en vue de la production de la richesse. Sans l’homme, pas de capital ; en dehors même de ces travaux qui ont la nature extérieure pour théâtre, la matière pour objet, lorsque la pensée s'applique à l’homme, c’est encore une activité intelligente qui se déploie utilement, ce sont des efforts qui se développent en vue de besoins à satisfaire. Toujours, à tous les degrés, dans tous les modes de la production, nous trouvons une seule et même force
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qui s'attache directement aux choses pour répondre aux besoins des hommes, ou s'attache directement aux hommes pour aller ensuite modifier les choses.
75. — Il faut reconnaître qu'en dehors de toute création humaine certaines qualités des choses sont d'institution naturelle. C’est ce que nous appélons leur utilité. Cette propriété de servir est donnée par la nature, bien que l’homme puisse augmenter cette utilité dans les objets où elle se trouve, ét même rendre propres à son usage des choses qui ne Pétaient pas naturellement, Mais l’homme n’a pas rendu l’air propre à la respiration, n’a pas créé l'efficacité d’un remède contre telle maladie,
De cette idée d'utilité, qui désigne les choses naturellement propres à satisfaire nos besoins, il faut séparer l'idée de valeur qui résulte d’un fait purément humain « l’échangé » et qui suppose au préalable une condition que l’homme seul peut accomplir : l’appropriation.
Une chose peut avoir une utilité immense, une valeur nulle. Son absence de valeur vient de ce qu'elle ne s’échange pas, de ce qu’elle n’est pas ou ne peut être appropriée. Tandis que l'utilité est dans les choses, est leur propriété physique et exprime une relatiôn de l’homme à l’objet, la valeur est une création de l'homme qui n’exprime pas le même rapport que l'utilité, mais un rapport d'échange.
L'état des richesses des individus est susceptible de deux modes d'appréciation : toutes les richesses sont destinées à être consommées, letravailn’ayant eu d'autre but que de rendre les choses capables de satisfaire nos besoins, à la suite de changements de forme ou dé
lieu, etc. Mais elles peuvent être mises en circulation ou ne pas l'être. Si c’est celui qui les a créées qui les consomme, il connaîtra leur utilité à un point de vue tout subjectif ; il saura leur valeur d'usage. Si ce sont d’autres qui doivent les consommer, il n’aura cédé le produit de son travail que contre une rémunération, qui sera le prix de son effort. Celui qui a fait un travail s’il en cède le produit a droit à une valeur en échange. L’échange établit donc une comparaison entre différents biens ; c’est lui qui décide, avec le gain ou la perte qu’il amène, de leur importance relative. Dire qu’une chose a de la valeur au point de vue de l'échange c’est dire qu’elle peut être un moyen d’acquisition relativement à d’autres.
76. — La valeur est un fait de création humaine, exprimant un rapport d'échange. L’homme vivant en dehors de la société, n'aura que des utilités, il n’aura pas de valeurs, car la valeur n’est qu’une simple possibilité tant que l’échange ne la pas déterminée. Ce n’est pas dans la chose que réside la valeur, mais dans l’importance que j'y attache. La valeur est-elle dans la houille, comme qualité inhérente, au même titre que la combustibilité ? Elle n’est pas dans l’objet, mais dans le jugement, c’est notre esprit bièn ou mal informé qui attribue à tel objet une valeur plus ou moins grande. En ce sens la valeur est un fait d’opinion, une idée, quelque chose de purement subjectif.
S’il était nécessaire d’ajouter à l’exposé que nous venons de faire l’appui d’une démonstration fournie par l'observation des faits, nous rappellerions qu'il est impossible que toutes les valeurs haussent ou baissent
à la fois. Toutes haussent ou baissent vis-à-vis les unes des autres, et dire que le blé vaut 20 francs l’hectolitre au lieu de 30, c'est dire que l'argent a haussé de valeur relativement au blé, ou que le blé a baissé de valeur relativement à l’argent. Le rapport indiqué par la valeur est nécessairement variable, sujet à fluctuations, puisqu'il dépend des conditions d’oftre et de demande. Est-il possible d'apprécier ces variations au moyen d’une unité invariable, qui soit aux qualités utiles des choses échangées ce que le mètre est à la longueur ?