‹ L'Idée de lutte de classes et son évolution depuis le Manifeste communisteChapitre 101 sur 135 · Sorel, Introduction à l'Économie, p · texte numérisé non relu

Sorel, Introduction à l'Économie, p

3. Proudhon estimait déjà qu’une vie fondée sur le travail, en augmentant la chasteté, moraliserait la famille. Cf. Piron, Proudhonisme et syndicalisme révolutionnaire, xr° partie, chap. I.

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qu'elles seront nées et resteront « concentrées dans le cercle des préoccupations professionnelles » (r). Ainsi la civilisation sera sauvegardée, en se rabattant, pour ainsi parler, sur le plan de la production.

Il ne semble pas que les militants du syndicalisme soient préoccupés à ce point de l’avenir moral de l'humanité : l’immoralité qu'ils dénoncent dans la bourgeoisie est surtout relative au prolétariat qu'elle exploite. L'idée d’une mission éthique qui incomberait aux producteurs leur paraît assez étrangère. D’une manière générale ils tendent à suivre sur ce point les errements de la littérature guesdiste. C’est tout au plus si M. Pouget déclare que pour «raisonner sainement » de la tactique prolétarienne, & il ne faut pas se référer à la morale capitaliste, mais s'inspirer de la morale des producteurs qui s’élabore quotidiennement au sein des masses ouvrières et qui est appelée à régénérer les rapports sociaux, car c’est elle qui réglera ceux du monde de demain » (2). Mais cette réflexion d'ordre général intervient à l'appui de l'apologie d’une pratique qui, nous le verrons, apparaît aux théoriciens comme contraire à l’essence même du syndicalisme ; si nous consultons d’autre part certaines brochures de propagande, nous verrons que l'idéal qui s’y affirme

1. Sorel, op. cit., 2. Cf. Pouget, Le Sabotage, p. 31. Bibliothèque du mouvement prolétariert. Paris, Rivière.

s'inspire précisément de cette morale démocratique où les doctrinaires du mouvement voient un danger pour la civilisation : « Nous voulons être libres, ne dépendre de personne et n’avoir avec nos semblables que des rapports d'égalité, malgré la diversité des capacités, du savoir et des fonctions (1), déclare le même M. Pouget qui flétrit, par ailleurs, la conception bourgeoise de la lutte pour l'existence (2). Nous devons relever toutefois une inspiration toute différente et beaucoup plus proche de l’état d'esprit des théoriciens, dans les impressions de propagandiste recueillies par M. Griffuelhes sous le titre de Voyage révolutionnaire (3), et qui contiennent çà et là des vues ou des observations touchant à la morale, d’un caractère plus spécifiquement prolétarien.

En définissant la mission des producteurs, le syndicalisme a été amené à commenter la règle proudhonienne de la scission nécessaire et à développer le point de vue de l’autonomie morale du prolétariat, qu’il adapte pour la renouveler à la conception marxiste de la fonction civilisatrice du machinisme. Son attitude quant à la forme que doit revêtir selon lui l’action, des producteurs va nous donner l’occasion d'analyser ce qu’il y a de plus original et d’essentiel

1. Pouget, Le Parti du Travail. Bibliothèque syndicaliste. 2. Cf. Pouget, Le Parti du Travail? Bibliothèque syndicaliste. 3. Bibliothèque du mouvement prolétarien. Paris, Rivière, 1910.

dans sa conception de la lutte des classes, à savoir : sa notion pratique de la violence prolétarienne.

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