‹ L'Idée de lutte de classes et son évolution depuis le Manifeste communisteChapitre 104 sur 135 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

se borne à être le droit à l'esclavage est une quantité négligeable qui ne peut leur être opposée. » Il ne faut point voir d’ailleurs dans cette exaltation des minorités agissantes une des tendances originales du syndicalisme : un tel état d’esprit procède essentiellement des doctrines libertaires et des traditions de sociétés secrètes qui concoururent à la formation du mouvement dont nous étudions la philosophie (1).

Par les rapports qui s’établissent dans son sein, le syndicat ne se distingue pas moins de ces groupements de masses que sont les partis. Dans ceux-ci l'individu n’a pas de valeur en soi: on ne se préoccupe de lui qu’en tant qu’unité, il se joint à d’autres unités de même genre pour constituer une majorité quiexprimera soi-disant la volontégénérale. Et encore les majorités n’apparaissent-elles pas au premier plan, puisqu'elles ne s’affirment qu’en abdiquant leur prétendue souveraineté au profit de représentants dont la fameuse discipline de parti fait de petits despostes, affranchis de tout contrôle. Ces rapports qui caractérisent les « machines électorales » sont la traduction même dans le plan de la démocratie

1. Le mouvement syndicaliste actuel fut préparé par des libertaires comme Pelloutier, l’auteur de l'Histoire des Bourses du travail, qui se rattachaiïent au parti allemaniste, L’allemanisme continuait l'esprit du blanquisme traditionnel, en accentuant son caractère ouvrier.

politique des liens de subordination qui constituent le mécanisme administratif et surtout essentiellement l'atelier capitaliste (1).

D'après M. Ostrogorski ils ont réduit le citoyen à l’état d’instrument inerte que tous «les exploiteurs de la chose publique peuvent manier à leur gré» (2). Organisation autonome de la classe ouvrière destinée à grouper des aptiludes, le syndicat ne saurait engendrer cette abdication des volontés particulières et ce mépris des valeurs individuelles : sa vie, son action se mesurent à l’activité et au dévouement dont fait preuve chacun deses membres en particulier: tout syndiqué doit être un militant et c’est le moindre de ses devoirs que celui qui consiste à payer régulièrement ses cotisations. Mais, par le fait même qu'on lui demande le déploiement de toutes ses énergies, le travailleur, en entrant au syndicat n’abandonne rien de sa personnalité : le libre contrat qu'il passe avec des camarades, «ses égaux en vouloir et en pouvoir » (3), permet à celle-ci de rayonner « sans froissement ». |

Bien plus, grâce à l’association des efforts « ce n’est que dans ce milieu qu’elle peut atteindre son plein

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