‹ L'Idée de lutte de classes et son évolution depuis le Manifeste communisteChapitre 106 sur 135 · Berth, Nouveaux aspects, p · texte numérisé non relu

Berth, Nouveaux aspects, p

3. Pouget, la Confédération Générale du Travail. Bibliothèque du mouvement socialiste, 1908.

4. Cf. Sorel, Avenir socialiste des syndicats, p.22. «C’est dans le sein de la société capitaliste que doivent se réaliser non seulement les forces productives nouvelles, mais encore les relations d’un nouvel ordre social. »

s'écriait Proudhon (x) ,et il saluait en elles les cadres d’une société nouvelle.

Comment le syndicat va-t-il remplir son rôle éducatif? La révolution des prolétaires consiste essentiellement, nous le savons, en un renversement de valeurs, une « catastrophe morale » (2) ; pour qu’elle s’accomplisse, il faut que les producteurs apportent au monde une table de valeurs nouvelles en développant leur culture morale autonome. Or, ils n’y parviendront qu’à condition d’opérerd’avec la bourgeoisie une scission radicale, et cette séparation n'implique pas uniquement des actes négatifs d’abstention.C'’est au syndicat, organe de l’action prolétarienne, qu’il appartient et qu’il incombe de maintenir l'opposition active des classes, en entretenant au cœur des travailleurs le sentiment de la violence.Sinous analysons la définition concrète de ce sentiment, nous toucherons par la même le fond de la conception syndicalisle de la lutte des classes.

S'agit-il de reprendre, à l’égard de la propriété capitaliste, les procédés du blanquisme et l'attitude des sociétés secrètes vis-à-vis du pouvoir; et les producteurs en révolte devront-ils, endossant la défroque des révolutions politiques, revendiquer la terreur pour moyen et la haïne pour principe ? Nul-

1. Idée générale de la Révolution au xix° siècle. 2. Sorel, Préface à Merlin.

lement. Ce sont là pratiques d’intellectuels,qui,sous le couvert de l’idéal, n’hésistent point pour satisfaire leurs appétits à mettre en péril «le peu de moralité existant » (1) ou à compromettre l'avenir de la production. Les prolétaires doivent à leur mission de classe de rompre absolument avec de semblables procédés. « On a confondu,dit M. Sorel (2), le sentiment de la lutte des classes avec ce qu’on a appelé la haine créatrice. La féroce jalousie de l’intellectuel pauvre qui voudrait voir guillotiner le négociant riche est un sentiment mauvais qui n’a rien de socialiste. » Le syndicalisme ne prétend pas du tout organiser une « révolte des pauvres conduite par un étatmajor révolutionnaire » (3), comme l'ont fait plus ou moins presque toutes les formes du socialisme : il affirme, que s’ils s’éduquent sur le terrain qui leur est propre, en veillant jalousement à leur autonomie, les travailleurs arriveront à constituer une « société de producteurs qui ont acquis les idées qui conviennent à leur état et qui se regardent comme ayant une unité tout à faire analogue aux unités nationales (4)». Alors la classe ouvrière sera vraiment constituée (5). Cette classe Intte pour la conquête

1. Sorel, Avenir socialiste des syndicats, p. 26. 2. Idem, p. 23.

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