‹ L'Idée de lutte de classes et son évolution depuis le Manifeste communisteChapitre 107 sur 135 · La classe pour soi dont parle Marx · texte numérisé non relu

La classe pour soi dont parle Marx

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de droits (1). Est-ce à dire qu'elle doive nier ceux de l'adversaire ? Ce serait méconnaître singulièrement les conditions de la civilisation et faire preuve d’une ignorance complète de l’histoire,

En travaillant à faire reconnaître ses droits, la bourgoisie a provoqué l’admirable essor de forces productives qui caractérise lestemps modernes. Son privilège n’est donc point usurpé : il se fonde cn justice. «Il n’estpas du tout nécessaire. dit M. Berth — que les ouvriers considèrent les patrons comme de simples voleurs ou détrousseurs de grands chemin (2). » La lutte n’oppose pas en bloc comme deux touts indivis le bon droit et l’iniquité. « La guerre est juste des deux côtés et le jugement qu’elle prononcera fera voir seulement de quel côté se trouve le droit supérieur (3). » En affirmant que la lutte des classes doit se dérouler dans cette atmosphère de haute moralité, les théoriciens syndicalistes définissent les conditions et l'essence de la violence prolétarienne, que nous allons saisir dans la grève. Il faut d’ailleurs remarquer immédiatement que les militants, pour formuler et apprécier l’action prolétarienne, ne se

1. Cf. Politique et socialisme Sorel, passim. — Cf. également la brochure sur l’Union fédérale de ouvriers métallurgistes parue à la C.G.T.

2. Cf. E. Berth, Révolution sociale ou évolution juridique (Mouv. socialiste, + série, VI° année, n° 143, p. 128).

3. Id., M. Berth dit encore: « Il faut... que les ouvriers soient

convaincus que les capitalistes, en se défendant, sont dans leur bon droit, aussi bien qu'eux-mêmes le sont en les attaquant. »

baussent point à l’impartialité spéculative des théoriciens : pressés par les nécessités quotidiennes, ils n’ont pas le loisir de philosopher sur les conditions de la civilisation, et font usage, la plupart du temps pour exprimer leurs idées de la phraséologie socialiste traditionnelle. M. Pouget — assez voisin des doctrinaires cependant en maintes occasions — déclare que le capitaliste doit à sa « roublardise » ou à sa « scélératesse » une existence « tissée de loisirs et de superflus (1) » et il dénonce « l’escroquerie sociale » qui, se perpétuant «dans toutes les branches de l’activité humaine » divise la société en voleurs et volés. C’est la même note —— assez différente, on le voit, des expressions théoriques de la conception — qui se retrouve chez la plupart des militants (2); et, qu’il y ait là une conséquence de leurs convictions personnelles ou une attitude que la propagande dans un milieu encore tout imprégné d’idéologie traditionnelle les contraint à prendre, il apparaît de façon évidente que ces deux états d’esprits distincts inspirent deux façons assez différentes de concevoir le rôle de la violence dans les conflits entre ouvriers et

patrons et leurs suites.

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