‹ L'Idée de lutte de classes et son évolution depuis le Manifeste communisteChapitre 113 sur 135 · Sorel, Avenir socialiste, p · texte numérisé non relu

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J. Muller 12

geant la foi des militants à la valeur positive de la brutalité comme moyen d’affranchissement, il ait abandonné la conception proudhonienne d'après laquelle une société nouvelle se fondera grâce aux institutions créées dans leur sein par les « compagnies ouvrières ». Peut-être même craint-il que ces «mouvements de masse » empruntant la forme des «jacqueries » démocratiques, n’en acquièrent aussi l’âme et que l’action directe ainsi entendue ne soit qu’une occasion de corruption pour l’âme prolétarienne(1).

Nous venons de noter une divergence de vues entre théoriciens et militants, qui, subtile sans doute et d'ordre psychologique, peut néanmoins donner paissance à la manifestation de tendances opposées ; elle provient, avons-nous remarqué, de l'inégalité des préoccupations morales chez les uns et chez les autres, et particulièrement de la conception de l’artisan-artiste en fonction de laquelle les théoriciens affirment leur éthique. Cette conception est la source d’un autre anlagonisme de vues, qui, toùt en portant sur un point de détail, marque de façon concrète l'écart qui sépare la philosophie syndicaliste des réflexions des militants. La violence prolétarienne, selon les doctrinaires, vaut surtout, parce

1. Son évolution actuelle tendrait à la faire croire. Cf. notre conclusion.

que dissipant les mensonges d’un soi-disant ordre social, elle restitue aux choses leur véritable aspect, en opposant les deux elasses sur le terrain propre de leur antagonisme : manifestation de franchise elle doit imprégner la lutte de franchise ; «les lois de la guerre disait déjà Proudhon (1}, l'honneur chevaleresque ne nous enseignent-ils pas à leur tour que dans nos combats nous devons nous honorer, nous abstenir de toute injure, trahison, spoliation et maraude » ?

Les militants voient dans la violence ouvrière l'attitude logique d’une armée, qui,engagée dans une guerre à mort,n’a point à se soucier d’une « morale scélérate » destinée à entraver et à égarer son effort (2). Cette révolte partielle de la faim qui s'appelle la grève n’a point à s'embarrasser de l'honneur chevaleresque Qou des lois de la guerre». Loyauté et déloyauté sont des mots qui n’ont pas de sens dans une bataille où les deux belligérants sont animés l’un envers l’autre d’ine ardeur homicide égale et c’est le cas du patron et de l’ouvrier : on pourrait peut-être parler de la franchise des moyens à employer si les forces respectives des adversaires s’équivalaient, mais en outre de leur capacité personnelle de résistance, les dirigeants de l’usine, qui

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