Justice, étude VI
MG
tisme contemporain (1). Nombre de critiques en ont ainsi jugé. Nous préférons ne pas prendre parti dans ce débat et hasarder une autre explication : il semble que pour une société donnée, et dans le détail, Proudhon accorde souvent la prééminence aux phénomènes de l’ordre économique (2), mais que lévolution générale des sociétés lui apparaisse, elle, déterminée par les lois d’une sorte de mathématique morale. C’est ce que nous allons discerner plus clairement en examinant le contenu proprement dit de cette notion de progrès, la signification et le sens de ce « mouvement de l’idée ».
« Affirmation du mouvement universel », le progrès se manifeste particulièrement dans la marche des sociétés. Or, Proudhon considère & chaque société » comme un être sui generis constitué par le rapport fluidique et la solidarité économique de tous les individus... un être qui a ses fonctions à lui, étrangères à notre individualité, ses idées qu’il nous communique... sa volonté en opposition diamétrale avec nos instincts...,un être enfin qui, sorti de la nature, semble le Dieu de la nature... (3) C’est cet
1. Cf. sur cette question : Pirou, Proudhonisme et syndicalisme révolutionnaire. Thèse de Paris, 1910.
2. Suivant en cela une tradition solidement établie chez les réformateurs français, depuis Saint-Simon surtout.
3. Philosophie du progrès, Première lettre. — Cf. Ed. Berth, les Nouveaux aspects du socialisme. Bibliothèque du mouvement socialiste. Paris, Rivière, 1908. Il est à peine besoin d'indiquer
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être collectif qu’affectera le progrès ? Qu'est-ce donc que ce mouvement universel et en quoi consiste-t-il ? En une augmentation de la connaissance, de la raison, etsurtout de la moralité (1). En ce qui concerne cette dernière, Proudhon définit le progrès « une connaissance du bien et du mal, par conséquent une imputabilité toujours croissante (2) ». Ce terme d’imputabilité est caractéristique et il éclaire singulièrement cette définition de la morale que l’auteur de la Philosophie donne un peu plus haut (3), à savoir « l’ensemble des préceptes qui ont pour objet la persévérance dans la justice ». Or, notons que. selon Proudhon la morale est la manifestation essentielle de cet être collectif dont nous avons parlé, l’activité consciente où il se révèle à lui-même (4). La justice, faculté de l’âme humaine, qui se réalise tous les jours davantage, apparaît donc comme le but du progrès ; le &« mouvement universel » tend à établir de plus en plus dans les relations sociales, par une transformation progressive de l’être collectif, cet équilibre qui préside à l’organisation même des mondes, la justice, «raison première et dernière
ess
l'identité de cette conception avec celle qu'ont reprise de nos jours des philosophes de profession.