‹ L'Idée de lutte de classes et son évolution depuis le Manifeste communisteChapitre 46 sur 135 · Ibid · texte numérisé non relu

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tice, la Force font parfois songer aux entités platoniciennes (1) mises au service d’une conception toute pénétrée d’hégélianisme. Mais quelle que soit la part d’un certain « à priorisme idéaliste » ou l’exagération d’un point de vue dialectique, ce qu’il faut reconnaître dans cette philosophie et ce que met principalement en lumière la théorie relative à la guerre, c’est le rôle prépondérant accordé à l’action humaine qui, par la guerre et son substitut contemporain, le travail, réalise tous les jours davantage ce progrès avant tout moral et psychologique dont l’apogée, « la possession de la justice est... adéquate à la possession de Dieu » (2). L'agent qui élabore ce bonheur parfait auquel tend invinciblement le mouvement universel, c’est l’homme, c’est-à-dire un être que nous ne pouvons saisir que dans le groupe et par ce qui fait la vie du groupe, la lutte pour l'équilibre. Il y a là une philosophie laïque de l’histoire, bien éloignée cependant des essais matérialistes du xvur° siècle, et un sentiment de l’éminente dignité de l’effort humain qui n’a rien à voir avec la dialectique hégélienne.

C’est à la lumière de cette idéologie que nous allons examiner comment Proudhon définit la lutte de classes.

1. Sur l'aspect platonicien de la pensée de Proudhon voir Bouglé, la Première Philosophie de Proudhon, octobre 1910 (Revue du mois).

2, Philosophie du Progrès, p. 62.

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B.— La définition contemporaine de la lutte des classes

Nous avons vu que les études historiques du marxisme présentaient un caractère de schématisme et d’abstraction qu’il faut rattacher sans doute à la formation hégélienne de Marx et à ses préoccupations d'homme d’action ; en bien des endroits néanmoins, le Manifeste et surtout la Misère de laPhilosophie témoignent de recherches approfondies sur les origines de la société présente et du souci de l’exactitude dans le détail. Ce sont là des traits que l’on ne retrouve pas chez Proudhon : sa vue des formes sociales contemporaines semble dominée par la métaphysique. Reportons-nous aux titres de ses grands ouvrages : la Justice dans la Révolution et dans l'Église, Idée générale de la Révolution au xtx° siècle, Idées révolutionnaires, Confession d'un révolutionnaire, etc. etc., tous indiquent que pour Proudhon le xix< siècle inaugure un nouvel ordre de choses, sans doute préparé par le jeu séculaire de cette « règle révolutionnaire » (1) d’après laquelle toute négation dans la société implique une affirmation subséquente et contradictoire, et marqué encore de bien des imperfections, mais qui n’en constitue pas moins l'entrée dans un monde nouveau et

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