Idée générale de la Révolution au xix° siècle, p
le début de cette Révolution qui sera « dans l’ordre des faits moraux un acte de justice souveraine » (1). 1789 : voilà la date à laquelle se réfère sans cesse Proudhon pour affirmer dans son langage d’idéologue, qu’ily a «raison suffisante de révolution au xIx° siècle» et cela seul suffirait à montrer qu’en dépit de ses débauches d’idéologie, l’auteur de la Capacité politique des classes ouvrières est plongé beaucoup plus avant dans l’action réaliste et les contingences du présent, que «le D° Marx » son adversaire de la Misère,
C’est en 1789 et en France que pour la première fois la Révolution s'oppose véritablement à la Révélation, c’est 1789 qui a déchainé les forces actuellement en lutte, et là où Marx ne voyait que l’aboutissant et la consécration de lutte séculaires, Proudhon célèbre la proclamation d’une loi et d’une foi nouvelles et le point de départ d’antagonismes nouveaux et définitifs. C’est 1789 qui a créé la lutte des classes.
Qui a fait 1789 ? La bourgeoisie française ou plutôt les bourgeois : « Bourgeois de France, l'initiative du mouvement dans l’humanité vous appartient... (2), vous fûtes de tous temps les plus intrépides, les plus habiles des révolutionnaires. »
1. Idée générale de la Révolution au xixe siècle, p. 35. 2. Idée générale de la Révolution au xix° siècle. Préface.
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Ces hommes qui ont triomphé par le travail ont établi une philosophie qui réhabilite l'effort humain humilié par l’Église et les régimes dont elle fut la base, un droit qui libère cet effort. Mais cette idéologie est restée négative: les vainqueurs de 1789 n’ont pas compris que sur les ruines des superstitions et des entraves il fallait rebâtir en organisant le travail, en lui permettant plutôt de s'organiser par la création d’un droit économique qui eût réalisé la justice intégrale (1) : ivres d’indépendance, les bourgeois ont érigé en loi sacro-sainte l’anarchie qu’allait provoquer dans les relations sociales fondées sur le travail cette négation du statut antérieur à laquelle n’avait point succédé une affirmation correspondante. Libéré de la corporation, l’ouvrier est en même temps chassé d’un groupe en quelque sorte familial,il va se trouver isolé, privé de son instrument de travail qui est aux mains du capitaliste, forcé par conséquent de vendre ses bras à ce dernier. Ainsi, peu à peu, parce qu’on a brisé les anciens cadres « sans que les fortunes et conditions entre ouvriers et maîtres fussent devenues égales, sans que l’on eût rien fait et rien prévu pour la distribution des capitaux » s’est établie «la distinction toute nouvelle, inconnue même aux temps féodaux »...« d’une classe de travailleurs en face d’une classe d’entrepre-