‹ L'Idée de lutte de classes et son évolution depuis le Manifeste communisteChapitre 83 sur 135 · Onze ans d'histoire socialiste. Paris, 1901, p · texte numérisé non relu

Onze ans d'histoire socialiste. Paris, 1901, p

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l'effort humain qui veut rompre ses entraves, afin de créer plus librement des richesses toujours plus considérables. Il y a, nous l’avons dit, chez Marx, une sorte de lyrisme de la grande production. Rien n’est plus étranger au guesdisme: ce dernier n’a jamais songé à justifier le droit des masses prolétariennes par des considérations empruntées à l’économie. {lle pose et laflirme en fonction méme de leur existence : c’est la conception démocratique qui domine le xix° siècle et que nous avons vu imprégner la pensée proudhonienne. Après l’auteur de la Justice dans la Révolution et dans l'Église et de l’Zdée générale de la Révolution, les guesdistes se proclament républicains en politique et athées en religion. Leur conception de la lutte des classes se rattache ainsi au jacobinisme logique d’un Babœuf ou d’un Blanqui : elle n’a rien de spécifiquement économique,comme la définition théorique de Marx.

La doctrine proprement dite du guesdisme apparaîit donc comme une adaptation démocratique des analyses économiques de Marx. Son peu d’originalité provient sans doute de ce qu'elle ne constitue pas une théorie présentant l’unité de celles que nous avons rencontrées en étudiant Marx et Proudhon, mais une vulgarisation à l’usage de la pratique quotidienne. C’est, à vrai dire,en étudiant les formes de cette pratique, avec les justifications immédiates qui en furent ou en sont données, que nous saisirons le

vrai caractère et les éléments spécifiques de la conception démocratique de la lutte des classes.

K 2.— LES FORMES PRATIQUES DE LA LUTTE DE CLASSES DANS LA CONCEPTION GUESDISTE

Au moment où le problème de l’action immédiate s'impose au guesdisme, les schèmes historiques du Manifeste correspondent davantage à la réalité économique que lorsqu'ils furent composés. La grande industrie mécanique, que Marx croyait à l'apogée en 1348, et dont nous n'avons constaté la naissance qu'aux environs de 1860, commence à se développer, par certains de ses aspects tout au moins, dans les perspectives indiquées par lui. La métallurgie et l’industrie textile ont vu naître, à des degrés divers selon le pays, ces entreprises gigantesques qui concentrent et accélèrent la production en vue d’un marché mondial ; avec elles sont apparues les armées ouvrières soumises à la discipline d’un travail impersonnel et à l'égalité devant la loi d’airain (?). Ces troupes enfin nées à la conscience de leur force, grâce à l’agglomération capitalisie, se sont déjà exercées à la lutte dans ces conflits locaux aigus qui se sont multipliés, en France particulièrement, dans les dernières années du second Empire. Nous savons

que pour Marx ces chocs partiels n’ont d’autre valeur

que de préparer et de hâter, en se généralisant, la constitution du prolélariat en classe « pour soi » et « par suite en parti politique prolétarien » (1). A ce moment seulement, sera possible un « mouvement social concentré, c’est-à-dire réalisable par des moyens politiques » (2). Cette conception pratique qui préside à l’organisation socialiste en Allemagne n'était pas moins traditionnelle en France. On ne concevait pas que la lutte des classes pût se dénouer sur le terrain économique et revêtir une forme différente des chocs où s’étaient heurtés les féodaux et les communes, la bourgeoisie parlementaire et le pouvoir royal. (est au service d’une doctrine d’émancipation économique (3), on l’oublie trop, que Blanqui mettait son arsenal de conspirateur perpétuel, et nous avons vu Proudhon réclamer tour à tour la liquidation sociale des pouvoirs de l’assemblée issue de la Révolution de 1848, ou du despotisme éclairé d’un César fils de 1789. L’Internationale se joint en 1871 aux blanquistes et aux jacobins pour défendre avec la République l’exercice que les masses ouvrières, désormais conscientes, vont pouvoir faire à leur profit du suffrage universel. Celui-ci apparaît à tous comme le moyen essentiel de réaliser ce «mouvement

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