Manifeste, $ 4, p
2 ff
Il s’agit de produire plus, et selon des procédés nouveaux quelquefois (1). En régime corporatif le travail est lent : la production d’un même objet peut exiger le concours de travailleurs de catégories fort différentes, dépendant de maîtres et de règlements différents. La manufacture, en vue d’activer la rapidité de l’opération, réunira ces travailleurs sous une même direction, ou bien, toujours dans le même but de gagner du temps, elle fragmentera la besogne entre plusieurs mains (2), dans un même local. Mais, au début, ce que veulent surtout les nouveaux maîtres de la production, c’est obtenir un meilleur rendement du travail humain par l'établissement d’une discipline matérielle et morale qui n'est possible que dans l’organisation manufacturière (3). Ainsi, dès l’origine, la classe qui préside aux destinées de l’industrie moderne secoue le monde de sa torpeur et lui impose l'effort en vue d’une production intense.
Cette activité nouvelle réagit sur le milieu écono-
1. Maïs, selon Marx, ce n’est pas une modification dans la technique qui est à l’origine de la manufacture. Cf. Misère de la Philosophie, chapitre II. — Andler, Commentaire, p. 78.
2. Cf. K. Marx, le Capital. Traduction Roy. Paris, Lachâtre. Chapitre XIV « Division du travail et manufacture ».
3. Cf. Andler, Commentaire, p. 798 et Manifeste, $ 16, p. 32. (Notons que ce passage de Marx s’applique plutôt à la grande industrie des machines, Il est probable,en effet, que la manufacture laissait subsister entre les ouvriers des différences de capacité qui s’opposaient à une discipline unitaire.)