La conciliation inlemaliona/e, p
fatalement au despotisme du plus hardi. Bentham lui-même remarque, avec douleur, que la justice n'a pas encore gagné un ascendant sur la force dans l'opinion générale ; il fait appel à ses compatriotes pour commencer la réforme tant désirée ; sa voix s'est perdue dans le désert. Les Anglais n'ont rien abdiqué de leur rapacité, ni de leur méprib du droit ; ils n'ont pas abandonné leurs grandes idées de conquête, ni sacrifié leur marine et ils peuvent dire avec raison : « Il nous semble, incontestablement, que nous sommes, par excellence, la grande race voyageuse, travailleuse, colonisatrice, fils des Wikings et des rouleurs de mer. La mer,croyonsnous, est nôtre par un décret de la nature et c'est le grand chemin, sur lequel nous nous élançons, pour subjuguer les terres et pour les peupler » (1). A ce jeu, malgré l'affirmation de leur illustre compatriote, leur commerce s'est augmenté de plus d'un penny ; sachant « se faire craindre et respecter » plus que qui que ce soit
1. Bonnassieux, op. cit., p. 81. Rapprocher ces paroles de celles de Mocenigo, doge de Venise, s'adressant à ses compatriotes au temps de la splendeur de leur ville : « Vous êtes les seuls à qui la terre et la mer sont également ouvertes. Vous êtes le canal de toutes les richesses. Vous approvisionnez le monde entier. Tout l'univers s'intéresse à votre prospérité. Tout Tor du monde arrive chez vous » . Jacques Cœur et Charles VII, par Pierre Clément, p. 23. Duber et Cie, 1886.
ils ont joui de cette sécurité, à laquelle ils doivent leurs richesses et leur prospérité. Les faits sont là. Pas plus aujourd'hui qu^au dix-huîtième siècle la confiance n'existe entre nations. Elles se craignent, se redoutent. Un élan de générosité aurait parfois de terribles et fatales conséquences. Un exemple actuel le prouve. Tandis que le Tzar se laissait emporter par ses rêves humanitaires et parlait de désarmement, le Japon préparait contre lui une guerre implacable.
La guerre est-elle aussi nuisible que Bentham nous le dit ? Le vainqueur n'en retire-t-il pas des avantages moraux et matériels considérables ? Cela est indéniable, ces avantages ne consistent pas seulement dans l'acquisition d'un lambeau de territoire, mais dans la confiance en soimême, l'initiative et l'élan que donne au vainqueur une guerre heureuse. Il accapare souvent le commerce et, par conséquent, la richesse de ses rivaux écrasés et il a vite fait de réparer les a saignées » causées par les batailles. C'est ce que nous prouve l'histoire. Les victoires de l'Allemagne n'ont-elles pas fondé sa puissance commerciale et politique ? Il est vrai qu'aujour-
d'hui nous assistons à une guerre où, à cause des nouveaux et coûteux moyens de destruction employés, vainqueurs et vaincus en sortiront ruinés et épuisés pour longtemps.
Quoi qu'il en soit le projet de Bentham étant irréalisable, les autres, les plus célèbres, ceux de Henri IV, de l'abbé de Saint-Pierre, de Kant, pourraient-ils ramener Tâge d'or de la paix ? Sont-ils supérieurs ou inférieurs à Tidée du jurisconsulte anglais ? C'est ce que nous allons examiner dans une troisième et dernière partie.