‹ L'idée de paix perpétuelle de Jérémie BenthamChapitre 9 sur 17 · Ganilh, op, cit. y t. II. p · texte numérisé non relu

Ganilh, op, cit. y t. II. p

Bentham, après avoir supprimé ce qu'il considère comme les causes principales de la guerre, a compris que les peuples ne pouvaient pas demeurer isolés, qu'il fallait une organisation quelconque, avec une autorité supérieure qui écarterait les conflits et veillerait au maintien de la paix. Son organisation se résume dans ces mots : désarmement, confédération, tribunal arbitral. La guerre serait-elle, de cette manière, vraiment conjurée ou Bentham, ici comme ailleurs, ne s'abuse- t-il pas? C'est ce que nous allons étudier.

. Nous ferons remarquer que, sur ce sujet, Bentham est très bref. Tout ce qui ne touche pas à l'économie politique attire à peine son attention. En quelques lignes, il établit ses propositions, sans chercher à les étayer par des arguments. Il n'entre dans aucun détail et il est loin d'être aussi minutieux, aussi complet que l'abbé de Saint-Pierre qui, lui, voulait tout prévoir.

Au xvni^ siècle Montesquieu écrivait déjà ;.

(( Une maladie nouvelle s'est répandue en Eu-

rope. Elle a saisi nos princes et leur a fait entretenir un nombre désordonné de troupes. Elle a ses redoublements et elle devient nécessairement contagieuse, car aussitôt qu'un Etat augmente ce qu'il appelle ses troupes, les autres, soudain, augmentent les leurs de façon qu'on ne gagne rien par là que la ruine commune » (1). Et Raynal prophétisait : « Cette manie perdra tôt ou tard l'Europe » (2). On comprend donc que Bentham ait pu être frappé des terribles conséquences de celte « manie » et qu'il ait inscrit dans son programme le mot qui a tant fait couler d'encre : « Désarmement ». Depuis celte époque le fléau a pris, de plus en plus, d'énormes proportions. Aujourd'hui il n'est pas une nation qui ne porte une charge militaire supérieure à ses forces ; on lève des milliers d'hommes, on construit des casernes, on achète des fusils, des canons, des munitions; les ressources s'épuisent, les budgets enflent et la sécurité ne renaît pas. Aussi les critiques pleuvent dru « sur ce système d'armement à outrance qui ne produit que la défiance », tandis que « chaque Etat sans cesse inquiet de ses intérêts vitaux se garde bien de toute entreprise d'intérêt général qui

1. Montesquieu cité dans Ânalhème à la guerre, 2° iklit., p. 24.

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