INTRODUCTION IX
trentaine, de ces quêtes pour les Alsaciens-Lorrains, pour lesquelles s'ouvraient nos bourses enfantines de lycéens? Elles étaient, dans nos classes, l'occasion d'une «lecture», stimulant ou récompense de nos premières charités : c'étaient la Fille de Roland, d'Henri de Bornier, ou les Chants du soldat, de M. Paul Déroulède, ou bien encore ces petits poèmes de circonstance qu'avait jadis applaudis Paris assiégé, et qui portaient les signatures aimées de M. Emile Bergerat, de M. François Goppée, parfois même de Victor Hugo. Ces « à-propos » familiarisaient nos mémoires avec la guerre; ils nous rendaient présentes les provinces absentes ; et ceux qui se rappelaient avoir été secoués dans leur berceau par l'ouragan des canonnades ou la frénésie des bombardements, apprenaient le « pourquoi » de ces secousses et comprenaient le « pourquoi » de leur vie.
L'esprit militaire, jadis dénoncé comme un fléau, avait désormais les honneurs de l'école; loin d'être accepté comme un pis-aller, il était célébré, tout au contraire, comme l'une des assises de l'éducation démocratique. Ecoutons Paul Bert, par exemple : les maîtres actuels de notre enseignement primaire le méditeront avec d'autant plus de profit qu'ils le liront peut-être avec plus de surprise. Il était ministre de l'Instruction publique dans le cabinet Gambetta, lorsqu'il disait : « Le développement du bien-être matériel, les progrès mêmes de l'instruction, rendent les citoyens plus sensibles aux jouissances de tout ordre et tendent à les conduire à l'indifférentisme égoïste. D'autre part, le développement du senti-