IGNORANCE DES PRÉPARATIFS ALLEMANDS
que la France vaincue devrait bientôt s'exercer au « renoncement », imprimait, enmômetemps, cet avis d'un autre correspondant d'outre-Rhin, Karl Grun : « Le premier jalon à planter dans le champ du bienêtre général sera indubitablement la suppression des armées à cadres permanents et leur remplacement par les milices nationales, possibles seulement à leur tour par une refonte de l'instruction populaire. » C'est ainsi que les bons conseils de la démocratie allemande, pieusement enregistrés parla presse de gauche, pourvoyaient au bien de la France1.
Vainement un roman d'Hermann Grimm : Puissances invincibles, révélé aux lecteurs de la Revue des Deux Mondes par Saint-René Taillandier, laissait-il transparaître les liens qui rattachaient à la Prusse les Etats de l'Allemagne du Sud2. Et vainement Richard Rœckh, le fils du célèbre helléniste, expliquait-il, en un long ouvrage, que « l'esprit allemand ne pourrait sans avilissement voir se continuer l'union de l'Alsace-Lorraine, partie importante de la nation allemande, avec un Etat étranger, si la France ne rendait à la langue allemande en Alsace ses anciens privilèges de langue nationale3 ». Vainement aussi Santallier, le fondateur de Y Union havraise de la Paix, racontait-il les méfiances à demi invincibles qu'il avait rencontrées en Allemagne : « C'est là, écri-
cette voie dans la mesure que lui permettent sa nature et son point de vue politique ».
1. Ces divers textes sont extraits du numéro-programme du journal la Démocratie de Chassin.
2. Saint-René Taillandier, Dix ans de Vhistoire d'Allemagne, 1847-1857, pp. 425 et suiv. (Paris, Didier, 1879, 2m« édit.)