INTRODUCTION XI
temps où le parti républicain n'avait point encore reçu l'instruction de nos désastres et l'éducation de Gambetta, sont en voie de se réveiller avec une impérieuse turbulence; et nous assistons aujourd'hui à une lutte entre deux conceptions de la République, et par là même entre deux conceptions de la patrie.
Il y a quelques semaines, en pays chartrain, plusieurs vétérans de nos guerres — glorieuses toujours lors même que malheureuses — conviaient M. Paul Deschanel à leur venir remettre un drapeau; et le président de la Chambre des députés, docile à la Patrie qui réclamait un hommage, leur parlait en ces termes :
« Ce drapeau porte dans ses plis, avec le génie de la France et le destin de la République, quinze siècles d'héroïsme, de puissance et de gloire. Vos mains loyales le tiendront haut et ferme ; car, à la différence de certaines âmes flétries par le souffle de la décadence, vous n'avez rien oublié, et vous gardez au cœur, toujours brûlante, la flamme du souvenir.
« Vous êtes une réponse vivante aux pernicieux sophistes qui vont répétant que le culte de la patrie doit se fondre et s'absorber dans un culte plus vaste, celui de l'humanité, et qui, par une confusion aveugle, sous prétexte qu'ils détestent la guerre — comme nous la détestons nous aussi — veulent détruire ou affaiblir les institutions, les vertus, l'esprit militaires.
« Ah ! prenons garde, oui, nous aimons l'huma-
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nité; mais nous croyons que, pour la bien servir, il faut bien servir, bien défendre et bien aimer d'abord notre pays — non pas seulement parce qu'il est la terre natale, le patrimoine des aïeux, mais parce que la France est un des plus puissants instruments de progrès, de civilisation et de justice qui aient jamais paru dans le monde.
« Oui, à toutes les époques — c'est là la grandeur et l'originalité de sa magnifique histoire — elle a été l'initiatrice des pensées les plus généreuses, la bienfaitrice de l'humanité, le chevalier de l'Idéal. Le jour où cette pure lumière pâlirait, la conscience universelle serait obscurcie.
<( Préservons-la donc de toute atteinte; regardons toujours au delà des frontières. Soyons toujours attentifs, vigilants et fiers.
« C'est un grand républicain, un fils dévoué et enthousiaste de la Révolution Française, en môme temps qu'un fervent patriote, Edgar Quinet, quia dit : « Si la France se fait cosmopolite, elle devien- « dra immanquablement dupe de tous les autres « peuples. »
« Oui, restons avant tout patriotes, comme nos pères de la Révolution; car travaillera maintenir ou à accroître la force et la gloire de la République Française, c'est encore le plus sûr moyen, voyezvous, de servir la cause du genre humain et du droit éternel. »
Ainsi s'exprimait M. Paul Deschanel, le
6 octobre 1901.
Peu de jours s'écoulèrent, et Von vit un ancien
homme politique, assez oublié depuis le boulan-