‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 121 sur 331 · CANTIQUES MAÇONNIQUES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

CANTIQUES MAÇONNIQUES ALLEMANDS

la grande loge Aux Trois Globes ? Il faudrait croire alors, que, lorsque le patriote allemand qui remplissait à la Concordia les fonctions de frère tuileur annonçait l'arrivée de Colla vru ou de M. Henri Brisson, les trente-quatre chants patriotiques qui figurent dans ce recueil1 étaient soigneusement laissés de côté. Car, tandis que la pacifique Concordia, fondée sous la protection de la maçonnerie française, était aux yeux de cette maçonnerie l'incarnation de l'esprit allemand, et tandis que Colfavru et M. Henri Brisson mettaient un espoir infini dans la démocratie allemande, les loges prussiennes2 invitaient leurs membres à célébrer le roi Guillaume, « boulevard et chef de lapatrie», à fêter sa « couronne de vainqueur », à saluer en lui le « maître », à porter un Hoch aux couleurs du drapeau prussien, à chanter « l'épée du Prussien, prête à la défense du trône et du troupeau, aux combats dont la vie et la mort sont l'enjeu», et à proclamer, enfin, que « la patrie de l'Allemand doit être toute l'Allemagne ». Mais la maçonnerie française respectait l'intimité de l'Allemagne ; et, quel que fût son désir d'instruire le parti républicain, elle ne pouvait, en ce qui regardait l'Allemagne, que le tromper et l'égarer.

1. Sammlung maurerischer Gesaenge, herausgegeben von der Gr National-Mutterloge zu den drei Weltkugeln (Berlin, im Selbstverlage, 1865), pp. 20-50.

2. Les trois grandes loges de Berlin : grande loge nationale Aux Trois Globes, comprenant cent huit loges ; grande loge de l'Allemagne, comprenant soixante-dix-sept loges, et grande loge de Prusse, Royal York, à l'Amitié, comprenant quarante-cinq loges, avaient pour protecteur, en 1871, S. M. le F.-. Guillaume I", roi de Prusse, et pour lieutenant-

eur S. A. R. le F.-. Frédéric-Guillaume-Nicolas-Charles de Prusse, prince royal. (Calendrier maçonnique du Grand-Orient de France, 5871, pp. 245 et suiv.)

La veillée des armes. — Au Corps législatif (30 juin 1870) : inquiétudes patriotiques de Thiers ; sérénité antimilitariste de Jules Favre et des gauches. — Au Congrès bâlois de la Ligue de la Paix et de la Liberté (15 juillet 1870) : communications de Pelletan, de Chassin ; illusions tenaces de la démocratie française ; vote d'un appel aux peuples de l'Europe. — En loge : message des Enfants de Gergovie. — Le réveil : Sedan.

Le 30 juin, au moment où quelques jours à peine nous séparaient de la déclaration de guerre, Thiers, qui voyait s'enténébrer les croupes des Vosges et les mamelons de la Forêt-Noire, opprimait du poids de son ironie ceux qui se plaignaient que la France eût 400.000 hommes sous les armes : « On appelle cela la paix armée, s'écriait-il, qu'on dise plutôt: la paix désarmée. » Jules Favre, alors, de répliquer qu'il n'y avait point à être inquiet: « Les préoccupations militaires, affirmait-il, décèlent des projets ourdis dans l'intérêt de la dynastie1. » Ce fut là le dernier mot de l'opposition républicaine au sujet des questions militaires2 ; il semblait que la noble

. Taxile Delord, Histoire du second Empire, VI, pp. 139-141. — Sur le « vif déplaisir » que Thiers causa, par cette parole, à ses collègues de l'opposition, voir Thiers, Histoire de la révolution du 4 septembre et de l'insurrection du 18 mars, p. 16 (Paris, Garnier, s. d.).

2. A ce moment même se fondait en Dauphiné, sous les auspices de MM. Bovier-Layierre, Oscar Durand-Savoyat, Edouard Rey, futurs membres des assemblées républicaines, un journal qui arborait comme programme : « la suppression des armées permanentes et la création de milices nationales pour garantir l'indépendance du pays. » {Etats- Uni» d'Europe, juin 1870.)

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