‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 128 sur 331 · FRANCE ET ÉTATS-UNIS D'EUROPE · texte numérisé non relu

FRANCE ET ÉTATS-UNIS D'EUROPE

aurait volontiers permis qu'on exigeât de la France une grandiose rançon, tant lui semblait grandiose révolution commencée à Sedan ! « Disposant des peuples pour la paix, sans plus de façons que Napoléon Ier pour la guerre1 », les « esprits à visées étendues » qui continuaient de se donner rendez-vous en Suisse dataient de Genève et du 21 octobre un manifeste au peuple français. Dans peu d'années, la plupart des peuples, stimulés et enflammés par l'exemple de la France, se constitueraient en républiques alliées. Dès lors, continuait le Comité de la Ligue, « en face d'un si grand service que vous rendrez à l'Europe ou plutôt au monde entier, dont vous retirerez vousmêmes les principaux avantages et qui fera votre propre bonheur, que sont le paiement d'un ou deux milliards pour frais de guerre, le démantèlement de quelques forteresses, et même, en cas d'extrême nécessité, quelques autres sacrifices compatibles avec votre honneur? Ce serait un modique prix pour la liberté que vous auriez conquise par cette guerre et pour la certitude de devenir, grâce à la République, un grand peuple instruit, moral, et matériellement heureux ». Et les signataires du manifeste — sur cinq, un seul était Français, — traçaient à notre patrie sa politique future : le fédéralisme communal, et l'instruction laïque, et la séparation des Eglises et de l'Etat, et le régime de la coopération aux lieu et place du salariat, et des milices aux lieu et place des armées. Avant tout, ils nous invitaient à

1. Montégut, Libres opinions morales et historiques, p. 371 (Paris, Hachette, 2e édit-, 1888).

« rejeter le chauvinisme » et à prouver que le « bonheur de l'homme, la gloire et la grandeur d'une nation ne consistent pas dans la possession d'un territoire étendu et d'une grande puissance militaire, mais bien plutôt dans l'indépendance et la liberté personnelle, dans l'instruction et le bien-être de chaque citoyen ». La récompense finale, enfin, qu'ils nous daignaient promettre, c'était « l'entrée de la France, comme un des membres les plus dignes, dans la confédération libre des Etats-Unis d'Europe1 »

Où était la patrie en 1870? Discussions et incertitudes du parti républicain. — Distinction entre la France et l'Empire : message des sections françaises de l'Internationale; circulaire de Jules Favre. — Application des idées républicaines sur la levée en masse : 750 représentants à la tête de la France armée. — Manifestations antimilitaristes dans les départements. — Accueil fait par Grémieux, Duportal et les républicains marseillais, aux auxiliaires étrangers, avant-coureurs delà République universelle : Garibaldi, Train. — Réaction de Gambetta contre la vieille doctrine républicaine. — Son attitude à l'endroit de Rivière et de Garibaldi ; ses instructions aux préfets. — Déceptions de Duportal au sujet des armées improvisées, et apologie de l'esprit militaire par Gambetta.

Etait-ce la France ou l'Empire qui avait la responsabilité de la guerre ? Sedan était-il une défaite de la France, ou une défaite de l'Empire? Volontiers on en discutait; en certaines sphères,

1. Le texte de ce manifeste fut publié dans les Etais-Unis d'Europe du 25 octobre 1870.

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