‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 130 sur 331 · MESSAGE DE L'INTERNATIONALE · texte numérisé non relu

MESSAGE DE L'INTERNATIONALE

tifier la France avec l'infortuné prisonnier de Wilhelmshôhe. Mais la riposte lumineuse de M. le duc d'Aumale : « Il restait la France », mit, deux ans plus tard, un sceau de'finitif sur cette histoire du passé monarchique, qui volontiers incarnait le pays en une dynastie. La France, en effet, était restée; et Bazaine, volontairement enfermé dans Metz, dont il se faisait une Byzance, seul à seul avec lui-même et défiant de tout autre que lui, cherchait nonchalamment où était la France, lorsque déjà, depuis longtemps, la France avait répondu. Les hommes du 4 septembre, à demi complices et à demi instruments d'une insurrection plus forte que l'Empire et plus forte qu'eux-mêmes, prirent une contenance et rendirent une contenance à la patrie en disant : la France, c'est nous. C'était trop complexe encore : mais le même phénomène de génération spontanée donne naissance aux républiques et puis aux dictateurs ; il suffit à Gambetta de quelques gestes décisifs pour que partout on s'empressât de dire : la France, c'est lui. Et, de fait, plusieurs mois durant, Gambetta fut la France1.

Au lendemain de Sedan, les sections françaises

1. Dans ses Lettres d'un soldat, M. Saint-Genest met sur les lèvres d'un de ses personnages, le légitimiste Çpinte-Croix, ces propos utiles à t Ne me dis pas que Gambetta. est un révolutionnaire, que tu

jadis dans les clubs. En ce moment, c'est un apôtre, c'est Pierre l'Ermite prêchant la croisade contre les Prussiens. Tout le monde se rallie à lui : zouaves du pape, Vendéens, généraux de l'Empire; car, pour nous tous, cet homme, c'est la France. Et puis, vois-tu, nous attendions quelqu'un! » (Lettres d'un soldat, p. 97. Paris, Dentu, 1873.) Et plus loin (p. 100), l'oncle de Ploërmel, arrivant avec ses Bretons: «Tiens, je ne connais pas cet homme; mais, après ce qu'il vient de faire, je le suivrai au bout du monde; et, s'il sauve la France, je suis républicain pour la viel»

de l'Internationale envoyaient un message au peuple allemand : « Tu ne fais la guerre qu'à l'empereur, et point à la nation française, a dit et répété ton Gouvernement. La France républicaine t'invite, au nom de la justice, à retirer tes armées; sinon, il nous faudra combattre jusqu'au dernier homme et verser à flots ton sang et le nôtre1. » Beslay, le futur doyen de la Commune, ïolain, le futur sénateur, MM. Camélinat et Vaillant, plus tard députés, M. Longuet, plus tard conseiller municipal, Gh.-L. Ghassin, signèrent ce manifeste. Jules Favre, de son côté, dans la première circulaire qu'il adressait à nos agents diplomatiques, après avoir rappelé, sans remords et sans gêne, qu'il avait demandé à l'Empire de laisser l'Allemagne maîtresse de ses destinées, ajoutait : « Le roi de Prusse a déclaré qu'il faisait la guerre non à la France, mais à la dynastie impériale. La dynastie est à terre; la France libre se lève2. » Vous retrouvez, entre les lignes de ces proclamations, la vieille distinction entre la guerre offensive et la guerre défensive. L'Empire, au dire du

1. Fiaux, Histoire de la guerre civile de 1871, p. 311 (Paris, Charpentier, 1879). — A peu près en même temps, au nom du Congrès philosophique international de Paris, Carie, Durandeau et Levallois faisaient appel au peuple allemand en invoquant la fraternité des peuples (la Libre Conscience, 1870, pp. 199-200).

2. Jules Favre, Gouvernement de la Défense nationale du 30 juin au 31 octobre 1870, p. 384 (Paris, Pion, 1871). — Jules Favre avait été si imprégné, à la fin du second Empire, des idées antimilitaristes et humanitaires de Genève que, plaidant, le 21 décembre 1867, à la 6° chambre correctionnelle, il se complaisait à dire que, seule, sa santé l'avait empêché d'assister au fameux Congrès de Genève de 1867 (Etats-Unis d'Europe, 12 janvier 1868), et qu'en 1868, il s'excusait, auprès de Charles Lemonnier, de ne pouvoir aller au Congrès de Berne et y affirmer son « horreur profonde et croissante pour la guerre, défi croissant de la barbarie à la civilisation ». (Fribourg, l'Association internationale des travailleurs, pp. 180-181.)

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