‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 132 sur 331 · Trochu, Œuvres posthumes, I, p. 525 (Tours, Marne · texte numérisé non relu

Trochu, Œuvres posthumes, I, p. 525 (Tours, Marne

dats l'avant-garde, probablement invincible, de la légendaire « levée en masse », nécessairement invaincue.

Ils apportaient au pouvoir les fausses traditions, les préjugés, les vues systématiques de leur parti. Plusieurs croyaient à la puissance de la proclamation de la patrie en danger, à l'enthousiasme populaire qui crée d'incomparables soldats, enfin à la légende des quatorze armées de la première République, sans tenir compte de l'incommensurable différence des temps, des situations, des voies et moyens de la guerre, des faits réels... Les raisonnables étaient débordés, entraînés par les exaltés, qui rêvaient des volontaires de 1792 refoulant l'invasion prussienne, tenaient leur exaltation pour une force supérieure à celle des armées disciplinées, et affirmaient le triomphe de la Défense nationale, à moins de connivence avec l'ennemi ou d'incapacité absolue du fait de ses directeurs1.

Emmanuel Arago, le 6 septembre, rêvait d'une revue monstre dont les échos tiendraient en respect l'envahisseur; Trochu, le 14, finit par consentir: la revue eut lieu. « Patriotiquement et politiquement, écrit-il, c'était peut-être beau. Militairement, c'était déplorable2. » Victor Hugo, le 17 septembre, après avoir « fraternellement averti l'Allemagne », demandait « que de chaque maison il sortît un soldat, que le faubourg devint régiment, que la ville se fît armée3 ». Les imaginations entreprenantes rivalisaient entre elles pour trouver et lancer ce que Trochu appelait des « scies patriotiques4 ». Tel, par exemple, le projet d'une sortie torrentielle qui

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