Trochu, op. cit., I, pp. 2S
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percerait les lignes prussiennes; et ce n'était point seulement « le dada des Parisiens militants, mais aussi l'idée de la plupart des membres du Gouvernement, même en l'absence, désormais acquise, de toute armée de secours1 ». Tirard, le futur ministre, ne crut pas dire une sottise, mais parler en confesseur de la foi républicaine, lorsqu'il criait, le 4 mars 1871, du haut de la tribune de l'Assemblée nationale de Bordeaux : « Vous demandez les moyens, on peut vous les indiquer : la levée en masse. Que les 750 représentants se mettent à la tête de la France, et vous sauverez la France! Que la France tout entière se soulève2! » Et les amis de Tirard d'applaudir : ils avaient étudié l'art de la guerre dans les romans antimilitaristes d'Erckmann-Chatrian.
Dans les départements aussi, l'arrière-ban des hommes nouveaux entretenait à l'endroit du « militarisme » un incorrigible esprit de suspicion. A Marseille, on décidait que, dans toutes les compagnies, un comité de surveillance de trois membres — sachant ou non manier les armes, peu importait ! — épierait ou dicterait la conduite des chefs3. A Toulouse, Duportal, le futur député,
t. Trochu, op. cit., I, p. 515. — Garnier-Pagès disait que « les grands sacrifices d'hommes déterminent le plus souvent un redoublement d'élan que ne produisent pas les petites pertes, et les actions restreintes ». (Trochu, op. eit., I, pp. 492-493.)
2. Trochu, op. cit., I, p. 581. — Comparer ce propos tenu à la réunion de la Marseillaise, à la Villette, le 3 février 1871 : « Il suffira que nos députés déploient à Bordeaux le drapeau de la République démocratique et sociale pour que Bismarck recule, effrayé, et que l'armée allemande repasse le Rhin en désordre. C'est ainsi, c'est grâce à l'affirmation audacieuse de la République que la France a été sauvée par les géants de la Convention.» (Molinari, les Clubs rouges, p. 293. Paris, Garnier, 1872.)
3. Enquête parlementaire sur les actes de la Défense nationale (sous-com mission du Sud-Est), rapport de ÎA.-de Sugny, 1" partie, p. 51. — Ci. Stee-
s'improvisait dictateur ; « considérant la triste expérience que le pays a faite de la foi civique et militaire des généraux formés à l'école monarchique de l'Empire », il faisait an coup d'Etat dans l'armée : à un général et à un colonel, il substituait deux civils, dont l'un était le fils même de Duportal1. On déclarait, à Lyon, que rien n'est plus contraire au droit démocratique ni plus dangereux pour la souveraineté du peuple que l'organisation autoritaire et hiérarchique de l'armée2; on déclamait dans les rues contre le militarisme3; on demandait la mise en liberté des militaires détenus dans les salles de police et prisons militaires pour des fautes soi-disant politiques ou d'insubordination4; on s'échautfait, autour des autels élevés à la patrie, en voyant affluer, au son du canon, les engagés volontaires, dont quelquesuns étaient éclopés ou amputés; et l'on eût pu constater, avec plus de sang-froid, qu'un certain nombre renouvelaient plusieurs fois leurs
nackers. Histoire de la Défense nationale en province, H, p. 231 (Paris, Charpentier, 1884) : A Limoges, le 30 octobre, une manifestation demande la levée en masse, sans distinction de conditions sociales, la prédominance absolue de l'élément civil sur l'élément militaire, et l'institution de jeunes chefs. — Gaston Crémieux, dès le début de 1870, avait proposé de voter à mains levées, dans un club de Marseille, la suppression de l'armée, en même temps que de la magistrature et du clergé (Enquête parlementaire : rapport de M. de Sugny, 1" partie, p. 6).
1. Enquête parlementaire (sous-commission du Sud-Ouest) : rapport de M. de Rességuier, p. 50.
2. Déclaration faite à la Rotonde, le 24 septembre 1870 (citée dans le rapport de M. de Sugny, 2"" partie, pp. 196-197).
3. Dès le 16 janvier 1870, un meeting de femmes, réuni à Lyon, avait fait publier dans la Marseillaise un manifeste où les jeunes gens de la classe de 1870 étaient invités à refuser le service militaire ; et, lorsque l'Empire déclara la guerre, les cris : « Vive la Prusse! » furent poussés dans les rues de Lyon (Rapport de M. de Sugny, 2"« partie, pp. 11-16).