Rossel, Papiers posthumes, p
vers l'Europe, avec des allures de croisé, je ne sais quel don quichottisme de la liberté. Tout de même que Bonaparte avait rêvé de prendre la Russie à revers avec l'appui des Indes conquises, tout de même Flourens, se lançant, en 1868, dans la mêlée des insurgés crétois1 et rêvant ensuite de faire s'insurger Athènes, « espérait, après avoir renversé le gouvernement bâtard et débile de la Grèce, trouver là assez de forces pour revenir soulever Marseille, et marcher sur Paris si la chute de l'Empire tardait trop2 ». A Londres, dans les meetings où le conduisait Bradlaugh3; à Paris, dans les tumultueuses réunions de la Villette, il faisait acclamer la République universelle et la délivrance de l'humanité4; et les assemblées qui l'entendaient étaient secouées « d'un tout-puissant élan vers l'avenir européen5 ». Il ne se contentait point, lui, de la guerre à coups d'épingle que l'opposition républicaine dirigeait contre l'armée, et qui généralement arborait cette inconvenante rubrique : « les gaietés du sabre ». Il avait, dans son journal la Marseillaise, créé une « tribune militaire»; et il se flattait d'avoir rencontré beaucoup de sympathies parmi les soldats et parmi les sous-officiers. Parlant de lui à la troisième personne, en son style heurté et volontiers incorrect, il poursuivait :
Quant aux menaces des colonels et des états-majors, de tous ces traîneurs de sabre, ignorants de la guerre, abêtis
i. Voir Hugo, Actes et Paroles : Pendant l'exil, II, 1862-1870, pp. 137-139.